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 Le Fantastique façon Oorgan

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oorgan
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MessageSujet: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 27 Aoû 2011 - 22:20

Voilà, depuis quelques temps, je me pique à écrire des "nouvelles" "fantastiques".
J'aimerais avoir votre dessus.
En voici donc une (inspirée de Lovecraft, of course):

Ce qui advint à Robert Philips, nul ne le sut jamais avec exactitude ; les circonstances de son accident étaient extrêment sombres, et l'endroit où il se rendit ensuite était accessible à lui seul. Voici toutefois le récit de son aventure :

Robert Philips roulait rapidement sur la route qui courait d'Innsmouth à Arkham. La lune éclairait amplement son chemin et il était seul, aussi se crut-il autorisé à dépasser la vitesse autorisé.Dans le lointain résonnaient sourdemment les maléfiques tambours de la Walpurgis.

Ce fut à 1h 55 que survint le sinistre. Á une dizaine de kilomètres d'Arkham, Philips accéléra encore, atteignant la vitesse maximale que pouvait fournir son véhicule. C'est alors, au détour d'un virage, qu'il vit débouler du bas-côté de la sombre route une insane procession d'êtres hybrides, humains à têtes de bouc ou de loup, éclairés seulement par la pâle lueur des phares. L'obscurité ne permettait de distinguer les masques des corps, si tant est qu'ils avaient des masques...

Robert Philips, on s'en doute, fit tout ce qui était en son pouvoir pour éviter cette étrange succession d'êtres grimaçants, dansants sur une sarabande infernale aux accords dissonants et grotesques. Il eût d'ailleurs pu réussir, n'eût-été qu'à la dernière seconde, l'un des officiants fit soudain un geste satanique en direction de son véhicule. Ce dernier explosa aussitôt, créant d'énormes flammes et un écho mille fois amplifié et renvoyé par les collines entourant Arkham. Il fut d'ailleurs probablement entendu depuis la vieille ville, car le lendemain matin vint de la cité aux toits en croupe un détachement de police. Il s'arrêta devant les restes calcinés et rendu méconaissables par la déflagration de la voiture de Robert Philips. Cela constaté, le commissaire décida de battre les environs pour voir si d'autres indices relatifs à la déflagration s'y trouvaient.

Effectivement, le corps froid et affreusement mutilé de Philips fut retrouvé ; en vérité, en dehors du tronc et d'une partie du visage, il n'en subsistait plus rien. Les policiers réfléchirent alors sur la façon dont le cadavre -encore inconnu- était décédé. Ils s'accordèrent à dire que le corps avait trouvé ce triste état dans un accident de voiture. Bien que cette explication ne les satisfît pas complètement, c'est ce qu'ils consignèrent dans leur rapport, lorsqu'ils revinrent à Arkham. Là, le défunt fut reconnu, et on enterra discrètement le cadavre, car Robert Philips n'avait plus de famille, avant de classer l'affaire.

Mais, en vérité, ce qui était l'essence même de Robert Philips vivait encore. Son esprit s'était simplement détaché de son corps. Ce dernier, en revanche, était bel et bien mort. Après l'explosion, Robert avait senti qu'il avait perdu ses deux jambes. Il avait alors tenté de sombrer dans une inconscience oublieuse. Mais il était de constitution robuste, et il fallut que les prêtres de la Walpurgis le torturassent des heures durant pour qu'il pût tomber dans un coma qui ressemblait fort à la mort. Son âme quitta alors son organisme, et, après qu'elle eût rejoint les terres des songes, suivit maints chemins obscurs et ténébreux, longeant des chasmes empreints d'une connaissance inconnue des hommes -et il valait mieux qu'elle le resta. Il serait vain de rapporter cette période : les mots, quelque soit la main du poête ne peuvent la décrire, et elle dépasse de toute façon l'entendement humain.

Il atteignit ensuite une curieuse clairière, qui était le fruit de la sève de ses rêves. Des fleurs de toutes les couleurs y poussaient, et la vision de chacune était un régal à l'œil. Si quelqu'un les survolait, il y verrait d'étranges motifs, entrelacements infinis de dessins merveilleux et ésotériques. Au milieu de la clairière se trouvaient quatre oliviers jeunes et vigoureux. Ils étaient étroitement tressés de lierres, et formaient ainsi un abri sûr contre les tempêtes, d'ailleurs fort rares sinon inexistantes dans ce pays phantasmatique, ou de délicates arcades contre la chaleur. Lorsqu'il vit tout cela, le cœur de Philips s'emplit d'une indicible et irrésistible félicité.

Comme il pénétrait dans ce pastoral décor, une multitude de petits elfes joyeux sortit de la sylve autour de la clairière. Ils entraînèrent Robert dans une ronde gaie se dansant sur une délicate musique où se mêlaient vielles et cornemuses. Longtemps ils dansèrent, et il est certain qu'ils ne s'en fussent jamais lassés ; mais Philips finit par demander l'interruption de cette réjouissance, car il ressentait le besoin de se sustenter. On apporta alors moult plats raffinés, et il fallut longtemps pour que Robert finît ce festin. Bien que les Elfes ne ressentaient pas, à cause de leur nature, le besoin de manger, ils se joignirent tout de même à lui. Le Grand'Elfe, nommé Gylas, lui fit même l'insigne honneur de converser avec lui. Et c'était certe là un grand hommage, comme en témoignèrent les regards admiratifs des autres Elfes. Le dialogue qu'eut Philips avec Gylas, fut, pour le premier du moins, fort enrichissant, car il apprit la raison pour laquelle il se trouvait là.

Le Grand'Elfe parlait en fait pour les Grands Anciens. Ces derniers avaient condamnés Robert à vivre quelques années dans l'un des ses univers oniriques, pour le préserver de grands cataclysmes qui allaient survenir sur la Terre.

En effet, il était probable que le grand Cthulhu se réveillât bientôt, et il comptait se venger de Ceux qui l'avaient enfermés dans Rl'hey, la Cité Morte. Les Grands Anciens, apprenant cela, choisirent de protéger les humains les plus proches d'eux -c'est à dire les artistes, dont Robert Philips, en tant que poète, faisait parti. Ces êtres, ils les enfermèrent donc tous dans l'un des leurs rêves, et ce pendant vingt-cinq ans.

Lorsqu'il apprit tout cela, Philips médita longuement. Il fut surpris des coïncidences incroyables que pouvaient engendrer des hasards cosmiques, bien trop grands pour être compris par de simples humains, qui l'avaient si opinément sorti des griffes de la mort, au moment où celle-ci allait la prendre. Il convint ensuite que la vie qu'il allait mener en compagnie des Elfes étaient positivement le sort le plus doux que l'on pouvait espérer. Il fit part de cette pensée à ces compagnons, et tous l'approuvèrent.

Malgré toutes ces joies, la nuit s'avançait, et Philips se senti bientôt las. Le copieux dîner étant fini, Robert demanda à ses hôtes la permission de se retirer. Ceux-ci, comme on s'en doute, la lui accordèrent évidemment, et Gylas le mena à sa couche, dans l'abri d'oliviers. C'était une simple hamac tissé de verdure, mais quand Robert Philips s'allongea dessus, il le trouva meilleur que maints autres lits. Il n'eut que le temps de répondre quand le Grand'Elfe lui souhaita une bonne nuit, avant de tomber dans les brumes du sommeil. Gylas souffla lui-même la chandelle, avant de s'en aller.

Le lendemain, le soleil était déjà haut quand Robert se leva. Il fut accueillit par les Elfes, qui, après qu'il eût mangé, lui proposèrent d'aller cueillir des fruits avec eux. Philips accepta de bon cœur, et ils s'en furent dans le bois. Ils ne revinrent que lorsque les premières étoiles brillaient dans le ciel, mais leurs bras étaient chargés d'abricots et de mûres.

Les journées s'écoulèrent ainsi, longues et paisibles. Quand une averse tombait, les Elfes et Philips se réunissaient, et ils se racontaient des contes ou chantaient des chansons.

Mais toute chose, bonne ou mauvaise, a une fin, et Robert Philips entendit un jour une profonde et terrible voix s'adresser à lui. Elle semblait venir de la lune elle-même, et voici en substance ce qu'elle lui dit :
-Salut, Mortel. Je suis Nyarlathotep le Chaos Rampant. J'ai été mandaté par les Grands Anciens pour t'annoncer ton retour à ton enveloppe terrestre.
«Car vingt-cinq ans se sont écoulés depuis le jour où tu la quittais, et le courroux du grand Cthulhu est apaisé -pour le moment. En bien ou en mal, tu dois donc rejoindre ton corps, car c'est la volonté de mes maîtres les Grands Anciens!»

Philips se souvint alors que son corps avant été mutilé successivement par un accident de voiture et par les prêtres de la Walpurgis. Au même instant, il sentit son âme soulevée par une force implacable, et transportée hors des limites de son pays de bonheur éternel, où il avait passé tant d'années heureuses. De toutes ses forces, il résista à cet exil forcé, mais rien n'y fit. Il dut se résigner à retrouver les sensations de son corps.

Il hurla quand il revint dedans, car trop d'émotions contradictoires bouillonaient en lui; il était triste et joyeux, fort et faible, apeuré et heureux... Mais son hurlement ne fut que bref, car son corps était mort depuis longtemps, bien avant que les Grands Anciens ne lançassent leurs sortilèges pour le préserver. Ce corps était dans un état de décomposition fort avancé, si bien que, pour la seconde fois, Robert Philips mourut.

Et le cri qu'il poussa alors eût été entendu à bien des lieues à la ronde, pour peu que ceux qui peuplaient ces lieues ne fussent pas mort ; car Cthulhu avait ici assouvi sa colère, et il ne restait d'Arkham que néant et désolation.


Dernière édition par oorgan le Dim 28 Aoû 2011 - 16:43, édité 2 fois
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SquallLion
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 27 Aoû 2011 - 22:35

ou la! je t'ai perdu au bout de la moitié du récit! arrives tu à te relire sans respirer?

au lieu de '"geste satanique ", emploie plutôt 'geste isotérique' même si cela revient à la meme chose
un conseil: relis-toi et corrige toi! c'est du langage parlé, non de l'écrit
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 27 Aoû 2011 - 23:19

Même remarque que SquallLion que je salue au passage.
Il faut impérativement aérer le texte pour sa présentation, sinon tu coupes toute envie de lire, c'est impossible. Edite ton message, sépare les §, etc ...

Par contre, je ne trouve pas que ça se rapproche du langage parlé puisque je vois que tu utilises beaucoup souvent "il aurait fallu qu'ils le torturassent" etc ... On ne parle pas comme ça dans la vie. Cela donne donc un ton plus littéraire qu'usitait Lovecraft ou autre, mais ce n'est pas forcément le tien. A l'opposé, l'emploi de phrase courte est parfois un bon moyen de faire monter la tension. C'est un truc d'écrivain de série noire que tu devrais essayer parfois.

EX :
" Il pleuvait. Pluie. Brumes. Flaques d'eau. Un bruit sur la droite. Non, j'ai du rêver. Et pourtant ... Bon dieu ! Mais c'est impossible etc..."
Cela fait des changements de rythme, un peu comparable à un film d'horreur "caméra sur l'épaule" qui te raconte tout au fur et à mesure.
Je te dis ça car un récit littéraire n'est pas forcément la meilleure solution pour faire passer un message d'horreur.

L'influence de L. est si évidente que c'est quasiement un pastiche, un accéléré, un résumé.
C'est intéressant pour te faire la main et continuer de progresser dans l'écriture, mais prends plutôt ça comme un exercice de style. L'important c'est que tu ingères tout ce que tu aimes bien , les styles de tes écrivains préférés, puis que tu oublies tout ça et que tu arrives à trouver ton propre style.

Comme tu es très jeune, tu as encore tout le temps de t'essayer à ces expériences. Bonne continuation !

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Kraken
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Lun 29 Aoû 2011 - 12:13

Tout d'abord, bravo Oorgan, car je trouve que ton histoire est assez réussie! Etant moi-même amateur de fantastique Lovecraftien, je me devais de la lire! ça fait plaisir de voir des jeunes qui s'intéressent encore aux sombres secrets hydeux dissimulés dans les écrits impurs et sacrilèges du Maitre de Providence...

Première constatation, les remarques de VIC et SquallLion étaient avisées: ton texte est beaucoup plus agréable à lire depuis que tu l'as séparé en paragraphe.

Je trouve que ton style est plutôt bon, d'un assez joli classicisme je dirais... ça tombe bien, c'est ce que j'aime! Par contre, je trouve comme VIC que ta façon d'écrire se rapproche un peu trop de celle de Lovecraft... même si des passages comme "cette étrange succession d'êtres grimaçants, dansants sur une sarabande infernale aux accords dissonants et grotesques" sont de vrais délices! A la rigueur, je pense que tu pourrais peut-être conserver ce style d'écriture (après tout tu ne seras pas le premier des disciples de HPL à s'en inspirer), mais limiter ton utilisation du Mythe à de vagues allusions parcimonieuses. C'est ce que faisaient Clark Ashton Smith, Robert Bloch et Robert Howard, dont les textes rejoignent pourtant souvent l'univers de Lovecraft. Ils utilisaient le même ciment mais leurs propres briques! A mon avis, c'est ce qui fait que ces 3 auteurs restent intéressants à lire encore aujourd'hui... August Derleth, qui lui réutilisait à la fois le ciment ET les briques, est plus ou moins tombé dans l'oubli... Bon, je ne sais pas si mes métaphores de maçonnerie sont bien claires... En gros, je dirais que Cthulhu et Yog-Sottoth appariennent à Lovecraft, et rien qu'à lui, même s'il pourrait peut-être te les prêter un peu de temps en temps, à la rigueur...

L'intrigue elle-même est plutôt bonne, très noire (un peu trop pour moi?), malgré quelques petites faiblesses sans trop de gravité. Peut-être pourrais-tu dévellopper un peu plus le personnage principal. Qui est ce Robert Philips?... Un poète, ok, mais a-t-il du succès? A-t-il une vie heureuse? Pourquoi roule-t-il si vite, de nuit, sur cette route dangereuse? Ce sont des détails comme ceux-là qui permettent aux lecteurs de s'attacher aux personnages... ça leur donne l'impression de les connaîtres... (et ainsi, lorsque survient le moment fatidique, de ne pas accueillir leurs sort avec indifférence!)

En tout cas, compte tenu de ton age, c'est un sacrément joli boulot que tu as accompli là. Bravo, et surtout continue! N'hésite pas à partager avec nous tes futures créations!
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Lun 29 Aoû 2011 - 14:47

Bravo Oorgan pour ce texte très prometteur pour quelqu'un de 13 ans. Si tu continues dans la voie de l'écriture, je ne sais pas où tu t'arrêteras.
J'espère que tu vas vouloir continuer à dévorer des livres et à améliorer ta plume.

Ton histoire est bel hommage à Lovecraft, avec une touche d'onirisme que l'on retrouve parfois dans certaines de ses nouvelles (comme la quête d'Iranon dans Dagon).
Quelques phrases ont particulièrement retenu mon attention.
Comme Thodur te l'avait écrit lors de ta première AVH, je miserais bien une petite pièce sur tes talents de futur écrivain.

Pour l'instant, je vois que tu t'amuses à employer des constructions grammaticales et des temps plutôt recherchés, donnant un ton très littéraire. C'est très bien, car qui peut le plus peut le moins. Cela fait partie de la technique. Comme tu es musicien, tu sais que la technique est indispensable car c'est elle qui permet de libérer les émotions sans que l'on n'y pense, une fois que la maîtrise est telle que l'on n'a plus besoin de se sconcentrer sur l'aspect technique.

Je t'encourage donc à continuer dans toutes les voies de l'écriture à et t'essayer à de nombreux styles. En décortiquant le style de tes écrivains préférés, tu devrais faire des progrès.

Bonne continuation !

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vador59
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Lun 29 Aoû 2011 - 15:28

Bravo à toi Oorgan thumright

J'aime beaucoup ce genre d'ambiance; bien que j'ai pu être un peu dur à la lecture d'une de tes AVH, tu n'en as pas moins beaucoup de talent pour ton âge et tout cela est très prometteur.

Là encore, les critiques portent sur ce qui ne va pas (comme on dit, on s'en fiche un peu des trains qui arrivent à l'heure!), donc ne te formalise pas; ce qui suit a humblement pour but de te faire progresser:

* Les fautes d'orthographes: il y en a déjà moins et c'est un vrai plaisir pour le lecteur d'avoir un texte épuré de ces scories fort dérangeantes... Un bon point! Encore des bricoles mais ça va mieux. Ex: les mots, quelle que soit la main du poête ne peuvent la décrire.

* La concordance des temps: l'emploi du présent narratif a tendance à rendre les scènes plus vivantes et cela t'éviterait des contorsions grammaticales avec l'emploi de l'imparfait du subjonctif. C'est bien d'utiliser toutes les facettes de cette belle langue qu'est le français, mais comme dirait Faëndil le Nain, point troll n'en faut... Mr. Green

* Point soulevé par VIC: l'utilisation de phrases courtes accélère le rythme et fait monter la tension. A ne pas utiliser immodérément mais ça peut être utile de temps à autre...

* Comme le dit Kraken, n'hésite pas à prendre ton indépendance littéraire. Utilise dès que tu le peux la fonction synonyme de Word, condense tes idées quand c'est possible. Ex: Quand une averse tombait, les Elfes et Philips se réunissaient, et ils se racontaient des contes ou chantaient des chansons. --> Quand une averse tombait, les Elfes se réunissaient autour de Philips et le berçaient de contes et de chansons. (essaie maintenant de remplacer bercer par noyer, assommer, envelopper... et regarde les nuances qui apparaissent dans le texte, quant à l'attitude des Elfes. Tu vois?)

Je ne reviendrai pas sur ce qui a déjà été dit fort justement; tout cela est déjà très bien et on sent ta plume s'affirmer à chaque nouvelle production. Bon courage à toi pour la suite!
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oorgan
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 16 Oct 2011 - 1:37

Bonsoir !
Merci de m'avoir lu & désolé d'avoir mis tant de temps à répondre.
Toutefois, cela me permet au moins d'éviter un double post (et de passer pour un grossier personnage Embarassed ), et voici un second texte, qui tient compte de vos remarques (du moins je l'espère... Au moins, il n'y a pas de nyarlathoteperie dedans.) :


Las ! La Nature bienfaitrice qui nous a engendrés est aussi capable des pires perversions ! C’est de cela que témoigne une horrible aventure, survenue il y a aujourd’hui quarante ans.

J’avais alors vingt ans, et, étant plus vigoureux que maintenant, je me promenais souvent dans les Alpes ; je faisais même de la contrebande entre la France, la Suisse et l’Italie. Ce fut d’ailleurs lors de l’une des ces commissions que m’advint mon histoire.

Quelques jours plutôt, j’avais rencontré à Genève un agent de la Mafia italienne, Giovanni Certanto, venu en France pour servir de truchement à un quelconque parrain. Celui-ci souhaitait que j’assurasse le transport à quelques bijoux volés à commerçant parisien – ce dernier avait fuit la ville après avoir refusé de payer les redevances illicites - dont on se fût saisi à la frontière.

À cette époque, j’étais bien moins riche que maintenant, et les fins de mois étaient parfois difficiles ; aussi acceptais-je, bien que l’hiver battît son plein, lâchant sans répit ses tourbillons de flocons blancs. Je partis le lendemain, profitant d’une soudaine accalmie de ces derniers.

J’étais sur les routes bien avant que les premières lueurs bleutées de l’aube eussent apparu ; l’air était vif et froid, et la neige de la veille m’entravait quelque peu dans ma marche. Pourtant, la ville ne fut bientôt plus qu’un point noir ne cessant de rétrécir dans mon dos, tandis qu’à mes pieds se trouvaient de majestueuses vallées recouvertes du drap blanc descendu du ciel.

Je marchai ainsi jusqu’à ce que le soleil eût quasiment disparu derrière les imposants monts ; je dressai alors en toute hâte un campement, et l’achevai alors que l’astre diurne achevait d’ensanglanter le sol immaculé. Je mangeai alors, bus un peu de vin pour me réchauffer, et je me glissai dans mon duvet, après avoir estimé qu’il me restait sept jours de marche.

Le matin, je me levai fort tôt, remballai mes affaires, et je repris ma marche. Là encore, le temps était ensoleillé, bien que l’air restât froid. Je ne cessais de m’élever dans les solitudes glacées, sous le regard moult fois millénaire du soleil. Vers midi, un vent froid, venu du Nord, se leva ; heureusement, il ne me gêna point : la neige était en effet trop lourde pour qu’il la soulevât, et il était assez sec. Malgré cela, j’en ressentis une irritation aussi étrange qu’inexplicable lorsqu’il survint. Peut-être était-ce à cause de ses sifflements aigus, qui produisaient un son mystérieux et infernal, jetant continuellement un inquiétant voile phantasmatique sur les vénérables montagnes.

Les trois jours suivants s’écoulèrent ainsi ; je parcourus maintes lieues durant ce laps de temps. Au sixième matin depuis mon départ, toutefois, la neige se recommença à tomber. Ses rafales tourbillonnantes semblaient chercher à étouffer quiconque se trouvait pris dans les rets froid de son filet ; et la température n’avait cesse de baisser ; aussi choisis-je de trouver au plus vite un endroit où m’abriter.

À ce point-ci de mon périple, je passai à côté d’un pic que l’on appelle encore aujourd’hui, sans en connaître la raison, «Mont Malibia» ; j’y cherchai donc une quelconque grotte, où je pusse m’installer en attendant la fin de la tempête. Cela arriva assez rapidement ; et je fus soulagé, en entrant, de sentir un air plus sec. J’en profitais pour changer de vêtements, avant de me blottir dans un coin pour fumer ma pipe, en attendant la fin du pandémonium neigeux.

Les heures passèrent, mais nul signe d’une providentielle accalmie ne se manifesta ; et la grotte qui de prime abord m’avait semblé être un refuge devint une prison. Ses parois tranchantes semblaient vouloir me blesser ; et un froid glacial s’infiltra peu à peu par son ouverture. La lumière déclina peu à peu, sans que les éléments ne s’apaisassent.

Dans ces conditions, je pris la décision de dormir ici ; et j’étendis mes couvertures sur le sol, avant de manger un peu. Je m’endormis ensuite, gardant ma lanterne allumée et à portée de mains, bien que je craignisse peu les potentielles bêtes sauvages qui eussent pues vivre dans la caverne : celle-ci semblait en effet depuis longtemps abandonnée.

Puis, vers minuit, je crois, à l’heure la plus noire d’une journée, celle où revivent les esprits interdits à l’Homme, je me réveillai, saisi par un bruit lointain. Mon premier geste fut de regarder ma montre, mais il m’apparut assez vite qu’elle s’était coincée à 23 heure. Cela ne me chalut point sur le moment, le temps tel que nous autres hommes le concevons n’influençant pas sensiblement les chances de survie dans les Montagnes.

J’essayais ensuite de me rendormir, certain d’avoir été tiré de mon sommeil pour les sauvages alizées chantant à l’entrée de mon refuge. Toutefois, j’entendis de nouveau le son lointain, indéfinissable. Il se répéta quelques minutes plus tard, puis une nouvelle fois une minute après, avant de reprendre à un intervalle encore plus rapproché. Bien que je n’y accordasse que peu d’attention au début, il finit par m’obséder dangereusement quand il se changea en une cascade diabolique et retentissante. J’avais l’impression qu’il m’appelait, et peu à peu naquit en moi le désir de répondre à ces interjections incessantes. A la fin, je me levai, et tentai de localiser la source de ce qui m’attirait étrangement. Celle-ci semblait être tout au fond de la cavité, et je m’y dirigeai donc. Ma lanterne me révéla bientôt une étroite brèche dans l’une de paroi ; elle était assez large pour que je pusse m’y glisser, et c’est ce que je fis.

J’eus le plus grand des maux à passer au travers – et pourtant, je n’étais pas gros -, mais j’y parvins tout de même. Je retrouvai alors dans un tunnel fort exigu – quoiqu’il le fût moins que l’ouverture que je venais de traverser. Malgré cela, je pouvais avancer avec une certaine aisance dedans, et il me mena, après maints méandres non-loin du sommet. J’avançai fiévreusement, guidé par les bruits de plus en plus proches, hésitant à chaque intersection, mais choisissant toujours le bon chemin. A terme d’un nombre d’heures que je ne puis définir, j’atteignis une immense salle. La lumière de la pleine lune pénétrait faiblement à l’intérieur, s’engouffrant dans un petit trou dans le plafond bas (sur l’instant, je ne me rendis pas compte que la neige n’entrait pas dans la pièce). Elle éclairait malgré cela intensément la scène qui se déroulait sous mes yeux, et je maudis cette dernière, car elle avilissait la lune, cet astre d’argent qui veille perpétuellement dans le ciel de la nuit, éclairant les chimères folles des nuages qui cherchent à l’étreindre, nimbant d’argent tout ce qui se trouve en son pouvoir. La lune connaît nombre des secrets de la vie et de la mort, et étend sur nous son ombre chaleureuse. Elle a donné sa fertilité pour nous protéger, et nous devrions être reconnaissants envers les mers sèches et mortes et les plaines vastes et stériles qui courent sur sa grise surface.

Pourtant, lorsque je vis se qui se déroulait devant moi, je faillis mourir de peur. Cette scène dépassait en horreur tout ce que peut imaginer l’esprit humain ; et je regretterai toujours de l’avoir vu.

Il y avait treize ombres vaguement humanoïdes sur le sol, mais aucun corps pour les projeter. Ces ombres dansaient à la sombre clarté grise de la Lune, et il semblait qu’elles frappaient de temps à autre une grosse pierre, produisant le bruit qui m’avait tiré de mon sommeil. Celle-ci devait être une sorte d’autel, car elle était sculptée fantastiquement, évoquant à la fois des os, des serpents, des crânes… Elle est était entièrement blanche, comme si elle était faite d’ivoire. De plus, sa surface supérieure était entièrement lisse, comme si on l’eût aplanie maintes années durant, et je manquai de peu de pousser un cri de saisissement ; car, gisait dessus, les membres en croix, nu, l’atroce cadavre d’un enfant. Il était âgé de neuf à dix ans, et paraissait avoir souffert de moult blessures : ses cheveux bruns étaient poisseux de sang, une profonde estafilade lui barrait la jambe gauche, sa peau avait été arrachée par endroits et il lui manquait plusieurs doigts. Je frémis d’horreur en détaillant ce corps, si jeune, et déjà mort.

Lorsque j’eus fini de détailler tout cela, un tambour sacrilège s’éleva soudain dans la salle (d’où exactement, je ne peux le dire), et les ombres cessèrent soudain de danser, et se réunirent en cercle autour de leur autel impie. Le tambour émit alors des rythmes étranges, et, comme j’étais quelque peu versé dans la musique – je remplaçais parfois l’organiste de la cathédrale lorsqu’il avait un empêchement -, je reconnus six sextolets de doubles croches, tous légèrement irréguliers ; presque simultanément, les ombres (en supposant qu’il s’agissait des ombres), se mirent à chanter une lugubre mélopée, composée de sept syllabes d’une langue que je n’ai jamais entendue. Ce sinistre chant semblait infini, toujours sur le point de s’achever, mais toujours poussé par le tambour diabolique.

Toutefois, au bout d’un temps non-délimitable, la ténébreuse psalmodie prit brusquement fin, et ses échos résonnèrent longuement dans la salle, comme ils résonnent dans mes oreilles encore aujourd’hui. Pour l’heure, cependant, je fus stupéfait par le déchargement soudain de la tension accumulée dans l’air lors de cette suite de notes terribles et indicibles; chancelant, j’aspirai une grande bouffée d’air frais. Mais, tandis que je me remettais, la dernière monstruosité que cachait ce lieu se survint.

Les ombres se penchèrent sur le cadavre mutilé, et en arrachèrent des bouts de chairs, qu’elles portèrent à leur bouche ; mon cœur se souleva en voyant les lambeaux flotter en l’air, avant de disparaître dans d’invisibles gosiers. Pourtant, je ne fis rien pour empêcher cette infamie, la regardant avec une avidité dégoûtée, comme si je croyais qu’il ne s’agissait que d’une farce, et, lorsqu’elle fut achevée, je hurlai soudain d’une terreur incontrôlée, car il n’y avait plus de corps sur la pierre, avant de m’enfuir, poussant des cris effrayés que l’écho amplifia et me renvoya, m’effrayant encore plus.

Je réussis, je ne sais comment, à retrouver la grotte où je m’étais abrité ; sans réfléchir, sans même utiliser une once de l’instinct que nous ont légués nos lointains ancêtres simiesques, je réunis mes affaires, et sortis, bien que la tempête fît plus que jamais rage.

Je marchais alors, insensible au froid comme à la fatigue, à la faim comme à la neige. Dans ma tête défilaient des images étranges, des visions interdites du Passé, tels des spectres antiques venus du fond des temps pour me hanter… Kaag’th, le Dieu des Montagnes, dont les Vents infernaux tourbillonnent sans cesse, cherchant à égorger qui pénètre dans leur royaume… Les e aux rougeoyantes du port d’Irkal, la cité oubliée des chrétiens, qui se dresse aux portes du désert, au-dessus desquelles les fidèles d’Archaia, Celle-qui-mange-les-hommes, tiennent levés leurs cimeterres dégoûtants encore du sang des musulmans qu’ils viennent de décimer… Et toujours soufflait ce vent maléfique du Nord, chargé des rites païens qui s’exerçaient autrefois dans la lointaine Norvège, là où ciel et mer se confondent…

Je ne sortis de cet état semi-comateux que lorsque j’atteignis Aoste ; là, je délivrai les bijoux, et reçus mon argent. L’homme que je rencontrais me proposa de passer une nuit dans la ville à ses frais, mais, connaissant les mœurs de mes employeurs, je déclinai l’invitation ; je craignais en effet de me faire trancher la gorge dans mon sommeil, afin que l’on pût reprendre le salaire que je venais de recevoir. Je décidai également de repartir immédiatement. Cinq jours plus tard, je rentrai dans la ville. Je m’enfermai directement chez moi, sans voir personne, et gardai le lit environ trois jours. Personne ne fit de remarque sur mon air pâle et maladif, probablement à cause de lui, d’ailleurs, non plus que sur mon absence. Je ne repris ma vie normale que deux semaines plus tard, comme bibliothécaire.

Voilà le récit de mon aventure. Bien que j’aie essayé de l’oublier au cours des quarante années qui la suivirent, les souvenirs que je conserve d’elle sont nets et précis, comme si ils eussent été marqués au fer rouge sur mon âme.

Quant à la motivation de ce récit, elle vient du fait que des archéologues ont découverts une pierre blanche étrangement sculptée, vieille de plusieurs centaines de millions d’années, dans une caverne sous le sommet du Mont Malibia…
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 31 Déc 2011 - 14:17

Bon tenez, en voici deux autres --- très courtes ---, un peu de le style du Lovecraft de l'onirisme et de Lord Dunsany... Avec ma touche organesque, je crois Wink :

Le Rêve du Temple sous la Lune

Il me semble qu’il y avait, dans ce songe, un vieux temple sur une montagne solitaire et la lune — oui, c’était certainement cela. Je crois que la montagne était couverte d’une épaisse végétation, qui donnait l’impression au voyageur de marcher dans une nuit perpétuelle. Quelques ruisseaux sinueux prenaient leur source dans cette forêt ténébreuse, et descendaient silencieusement les flancs de ce mont, transportant dans leurs eaux le souvenir mélancolique du bois obscur jusqu’à la mer. Dans une corniche, où la végétation était moins exubérante qu’ailleurs, il y avait, sur l’herbe humide, les ruines d’un vieux temple, que, chaque nuit, la lune éclairait de sa lumière ; et, sous ce fin voile d’argent, les créatures qui vivaient jadis dans le temple revenaient à la vie, et chantaient, de leur voix inaudible de fantômes oubliés, des jardins verdoyants, où le bonheur était éternel, et des rivières placides et sombres, qui traversaient une sylve silencieuse et impénétrable, bordées de fleurs merveilleuses au parfum enivrant. Il y avait aussi, outre ces litanies mélancoliques d’un temps lointain, des danses gaies et des jeux joyeux, qui duraient jusqu’à la fin de la nuit. Alors, dans l’Aube nouvelle et radieuse, le spectre de ces êtres s’évanouissait, comme un rêve s’évanouit lorsque le dormeur se réveille ; et, comme pour un rêve évanoui, il subsistait quelques heures durant un souvenir vaporeux et impalpable de ces nuits sur les ruines du vieux temple.

Je crois aussi que, après l’écoulement incommensurable de maint lever de lune et de maint coucher de lune, il arriva un jour où des hommes vinrent, une hache à la main et le mensonge à la bouche, sur cette montagne solitaire ; et ils défrichèrent la forêt vaste et ténébreuse, et s’installèrent dans l’un des méandres des torrents sereins qui coulaient silencieusement le long des flancs de la montagnes ; et ces ruisseaux perdirent le souvenir du bois obscur, et la mer et les poissons et les algues l’oublièrent à leur tour.
Et cela était le fait des hommes ; car ils amenèrent avec eux les deux sœurs Malfaisance et Menterie ; et elles se propagèrent partout dans la montagne, dans l’herbe des pâtures des vaches, dans les racines des arbres restants, et aussi dans la corniche où il y avait le vieux temple. Alors la magie de la lune n’atteignit plus le vieux temple et les ombres argentées de ses habitants ne réapparurent plus.

Et le vieux temple devint une ruine banale, sale et triste, que seuls connaissent la lune éplorée et ma mémoire de rêveur éveillé.





Krem


Je me rappelle aussi d’un vieux port, sombre et embrumé par ses nocturnes méditations, qui se dressait sur le rivage perdu d’une mer perdue. On l’appelait, me semble-t-il, Krem.

Chaque jour, des bateaux venus de toutes les côtes du Monde jetaient l’ancre devant ses quais de pierre, et débarquaient leurs marchandises ; si bien que dans ce port serein se trouvait tout ce qui faisait la fortune de l’Occident rêveur et de l’Orient mystérieux, à l’époque oubliée où des royaumes et des empires, souvent unis par le thrène rapide de l’arc et la litanie sinistre de l’épée, s’étendaient à la surface du globe : la soie aranéeuse d’Ysul, les gemmes des Royaumes de la Couronne de Pierre ; les épices de Gaa-lô, les fourrures des Monts Ethérés ; les luths de Menekon, le bois des Forêts de Til-Ayor ; les armes de Get-Hor, cité du Feu et de l’Acier ; et maintes autres richesses, plus nombreuses que partout ailleurs.

Une nuit, je débarquai dans ce port antique, à l’heure où la mer devenait froide et achevait de s’obscurcir et où ses brumes se formaient et montaient sur la ville méditante, telles un châle de nuages ; puis, avec la fantaisie propre aux rêves éphémères, j’entrai dans le labyrinthe capricieux des rues tortueuses, argentées sous la lueur paisible de deux lunes – en ces temps reculés, il y en avait deux, et non pas une comme en notre morne époque, où les phantasmes ne courent plus que dans la tête de quelques hommes –, qui perçait le brouillard, me défiant de la racaille que le hantait, à l’affût du voyageur riche.

De leur propre volonté, mes pas me guidèrent dans le lacis mélancolique des bas toits en pignon, jusqu’à l’échoppe obscurcie par le temps d’un antiquaire. La lumière des lunes et des étoiles tombaient en une puissante cataracte d’argent sur ce bâtiment de bois, et semblaient m’inviter à traverser leur rideau gris. Intrigué et ensorcelé, j’entrai.

De l’autre côté de la porte se trouvait le refuge de maints trésors, perdus pour notre époque sans magie, et, assis entre deux lampes à huile en or, tel le Cerbère des âges oubliés, vêtu d'une tunique de soie, plongé dans des songeries peuplées de chimères, un très vieil homme, chauve, dont l’immense barbe grise reposait négligemment sur son ventre opulent. Lorsque j’apparus, il me regarda de ses perçants yeux verts, puis retourna dans ses rêveries baroques.

Je fouillai alors dans ces objets anciens, enfouis dans une obscurité peut-être due aux ans, que la lumière des deux lampes ne parvenait pas à dissiper. Malgré cela, je vis maintes choses dont l’existence autrement m’eût paru impossible.

Il y avait aussi, dans cet amas sans âge, un livre à l’antique reliure, dont le titre était si effacé qu’on ne pouvait le lire ; pourtant, je décidai de l’acheter, peut-être à cause des mystères qui semblaient contenus entre ses pages.

Lorsque je l’eus acquis, je m’en fus dans les ruelles enténébrées et sinueuses, dans lesquelles s’engouffraient le vent gris des lunes, et je regagnai le navire par lequel j’étais venu, et je me couchai dans ma petite cabine surplombant les flots sombres de l’océan endormi, qui rêvait de brumes et de vapeurs, le livre énigmatique à côté de moi ; et je ne l’avais pas encore ouvert ; car la nuit était aussi avancée que moi étais las ; et je plongeai donc dans mes songes étranges de vallées douces, de rivières grises et de collines boisées.

Et l’Aube vint, et je me réveillai ; et je m’aperçus que livre, navire et port avaient disparu.

Et je sus que, désormais, l’obscur port de Krem aux brumes sereines et mélancoliques, plongé dans ses rêves nébuleux et ténébreux ne se dresserait nulle part ailleurs que dans mes souvenirs.

Qu'en pensez-vous ?
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 31 Déc 2011 - 14:46

Et tu n'as que 14 ans? ça fout limite les chocottes!!! affraid

Franchement, c'est bien, très très bien même. On dirait un peu du Clark Ashton Smith !

Bravo, continue!!! thumright
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 31 Déc 2011 - 18:41

J'ai bien aimé aussi, relativement poétique!

Pour ton âge, c'est incroyable!
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 31 Déc 2011 - 20:32

(EDIT : je n'avais pas lu ce que disaient mes confrères sur tes autres histoires, je vois que certains commentaires rejoignent ce que je dis dans celui-ci)


Bravo Oorgan, c'est excellent salut

Je pense que tu as vraiment assimilé tes lectures, et que tu as compris l'art de l'imitation (attention, je n'ai pas dit copie, c'est une nuance énorme !). Loin d'être un reproche, c'est au contraire un plaisir d'imaginer ce que pourra donner ton écriture à long terme.

Pour être plus précis : tout artiste digne de ce nom reconnaît qu'avant de créer des oeuvres vraiment significatives, il faut absorber et imiter (que ce soit en écriture, en musique, en cinéma, ...). Je ne dis pas qu'on ne peut pas créer à partir de rien, mais que généralement, une oeuvre prend sens par rapport à un contexte culturel, elle s'appuie sur un principe "alchimique" qui ne se fait pas sans connaissances, un peu comme un sorcier qui voudrait créer de nouveaux sorts en apprenant l'art de ses prédécesseurs dans des grimoires minutieusement collectés.

Alors, je dirais que tu as prouvé que tu possèdes les prérequis essentiels (la capacité à apprendre un style et à le réutiliser de manière tout à fait convaincante pour tes propres idées). L'étape suivante est de rendre ton jeu d'influences unique. Même si je vénère Lovecraft et consorts (j'ai moi-même été amené à écrire des poèmes proches des nouvelles que tu as publiées), le cercle Dunsanien-Howardien-Lovecraftien est devenu trop répandu pour permettre une visibilité marquante de leurs héritiers (comme me disait une copine récemment : "marre de Cthulhu", ce à quoi j'ai répondu "marre des zombies aussi", alors qu'on aime ça pourtant). Je vais te donner un exemple : quelqu'un qui lirait de manière très approfondie des auteurs comme Céline, Gavalda et Marx, aurait un style unique, puisque peu de gens s'intéressent de manière simultanée à ces trois auteurs très éloignés. C'est une première garantie d'originalité, un peu comme une recette de cuisine inédite.

La seconde est d'appliquer cette refonte unique à des concepts qui te sont personnellement chers (exemples : thèmes sociaux comme la société faussement bien-pensante, thèmes philosophiques comme le dépassement de soi à travers le combat, etc...). Pour ça, inutile de chercher, en général on sait d'emblée ce qui est important à nos yeux, ce que l'on veut affirmer ou communiquer. Ton style déjà unique forgé précédemment par une assimilation/imitation d'influences variées, va passer par le filtre également unique de ta personne. Ton travail aura pris une dimension toute autre.

Bref, je t'encourage sincèrement à poursuivre l'écriture et à donner de l'ampleur à ton art, puisque l'aperçu que tu nous as livré est très prometteur.

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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Sam 31 Déc 2011 - 23:50

Je suis d'accord avec Jareth ... que était d'accord avec moi lol!

Peu de choses à ajouter au post de Jareth. C'est vraiment très bien, surtout pour lorsque l'on voit ton âge.
Effectivement, tu as montré que tu avais assimilé tes maîtres d'écriture.
Après, libre à toi de chercher à découvrir d'autres voies plus originales, l'envie te mènera où tu souhaites aller.

Juste quelques remarques :

tu as oublié tous les "s" des passés simples de Krem :
Une nuit, je débarquai dans ce port antique, à l’heure où la mer devenait froide et achevait ; y compris ceux du dernier §.
Faut vraiment que tu progresses encore de ce côté. C'est moins important que l'imagination, l'aisance de plume, le style ou l'inspiration, mais c'est un maillon faible qui ne met pas en valeur tes écrits.

De plus, et c'est un paradoxe de dire ça sur notre forum, mais je pense que, vu ton potentiel, ce serait un peu le gâcher que de continuer à écrire des AVHs fantasy "banales". C'est récréatif , ludique, et très instructif côté écriture, bien sûr.
Mais tu peux prétendre à viser plus haut. Ne t'enferme pas dans des styles stéréotypés.

Fais vraiment ce qui te plaît.
Je suis vraiment impressionné, j'espère que tu vas continuer
Respects ! salut




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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 1 Jan 2012 - 12:06

Merci à tous pour ces compliments Embarassed
Kraken> après tout, j'ai lu les mêmes choses que Clark Ashton Smith : Dunsany et Lovecraft (c'est marrant que tu le cites, parce que l'Empire des Nécromants et Ubbo-Sathla m'ont été offert à noël).
Je comprends ce que vous voulez dire, Jareth & VIC Wink Je le retiens.

VIC> Les verbes du premier groupe ne prennent pas de -s à la première personne du passé simple Wink
Que veux-tu dire par "ce serait dommage de continuer à écrire des AVH de fantasy "banales" ? scratch

Merci encore d'avoir lu ces quelques textes !
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 1 Jan 2012 - 21:10

oorgan a écrit:
VIC> Les verbes du premier groupe ne prennent pas de -s à la première personne du passé simple Wink
Que veux-tu dire par "ce serait dommage de continuer à écrire des AVH de fantasy "banales" ? scratch

C'est nouveau cette règle de Français sur les verbes du premier groupe ? Mr. Green Je demande une contre-expertise ! Wink
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 1 Jan 2012 - 21:18

j'aimai
tu aimas
il aima
nous aimâmes
vous aimâtes
ils aimèrent
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 1 Jan 2012 - 21:23

Regarde dans un bescherelle... Le prof de français lui-même nous a expliqué que cela, devant le nombre de personnes qui écrivait: "je demanda" ou "je demandais".
D'ailleurs, on peut avancer que le passé simple du premier groupe se prononce, normalement, pour la première personne : "je demandé" (comme le futur).
Je crois qu'il y a aussi une histoire avec le verbe avoir (ai, as, a) que l'on retrouve dans les terminaisons du passé simple (demandai, demandas, demanda) pour le singulier.
Et puis, si tu le considères comme une source sûre : http://www.leconjugueur.com/frimp_ps_formation.php
Le mieux serait peut-être de demander à Vador ou à l'un des instituteurs du Forum.

Et qu'entendais-tu dans la deuxième partie de ton message ?
(Bonne année, en passant Wink)

EDIT : Aqme me supplante !
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 1 Jan 2012 - 21:28

Je pense que Vic voulait dire que les AVH d'héroïc-fantasy sont très nombreuses dans les LDVELH et il pense que tu pourrais t'aventurer dans des domaines un peu moins travaillé comme dans l'horreur au XIXème siècle, les récits contemporains, le policier etc...
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Dim 1 Jan 2012 - 23:58

AqMe en effet a raison par 2 fois. Merci pour ces précisions !

C'est vrai que je ne suis plus capable de nommer les temps en Français, mélangeant imparfait et passé simple sur ce coup là.

Pour les AVHs, je voulais bien dire en effet qu'il y a assez comme ça de ldvelhs de fantasy hyper formatée à la D&D ou Tolkien.

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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Lun 2 Jan 2012 - 1:05

VIC a écrit:

Pour les AVHs, je voulais bien dire en effet qu'il y a assez comme ça de ldvelhs de fantasy hyper formatée à la D&D ou Tolkien.

Justement, à une époque, j'avais songé à faire un truc de SF hyper glauque, avec le héros qui perd la mémoire (je n'ai jamais lu autre chose de l'ancienne prophétie que son résumé), OPT et tout... Mais j'avais pensé qu'il fallait que j'attendisse quelques années avant de m'y lancer.
D'un autre côté, on peut certainement sortir des trucs de fantasy non-pompé-de-Toto ; d'ailleurs "l'Assassin", "les Bois Maudits" et "Port des Brumes" ne l'étaient pas (je n'avais point lu Tolkien à l'époque, je crois), pas plus que "Au centre d'un cercle de Sable et d'Eau", le dernier BLR (pour citer une AVH digne de ce nom) ne l'est.
Mais explorer d'autres genres pourrait être intéressant...
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Lun 5 Mar 2012 - 15:53

J'ai récemment essayé d'écrire un poème uniquement en alexandrin, sans rime, dans la même lignée que les poème en prose postés plus haut (à la base, il devait d'ailleurs en faire partie). Voici donc le résultat ; j'espère ne pas m'être trop trompé dans la façon de compter les pieds Embarassed ...

Désillusion


La lune était pleine et soufflait le vent de l’Ouest
Lorsque je débarquai dans la ville de Tramont
Qui se dresse depuis des temps immémoriaux
Sur la rive orientale de la Mer des Rêves.

A cette heure, dans la cité du Crépuscule —
Ainsi est surnommée Tramont —, l'on célébrait
La Fête de Rakos, Dieu de vin et de joie ;
Car l’été commençait, et la coutume voulait
Qu’alors on festoyât, et dansât, et chantât.

Quand j’ouïs sons de violes et de clairons mêlés,
Je décidai de me joindre aux joies de ce soir ;
Je pénétrai dans une grande place, où
Un banquet démesuré se tenait, avec
Tout le baroque des pays que j’ai rêvés.
Sur un fort long banc m’assis-je, et une assiette
Fut remplie de nourriture et me fut donnée.
Je mangeai alors, contant à mes voisins les
Aventures que j’eus dans les contrées du Songe.
J’entonnai aussi maintes chansons, et dansai
Nombre sarabandes au cours de ce festin.

Mais j’étais peu à peu lassé par cette pompe ;
Je quittai la table, silencieux, pour me perdre
Dans le labyrinthe des étroites ruelles,
Tapies entre les murs comme de noirs serpents.
Là-bas régnaient le silence et l’obscurité
Car nul feu autre que la lune ne brillait,
Et seuls les lépreux et les mendiants s’y trouvaient.

Longtemps marchai-je dans ces rues enténébrées,
Dont les pavés recelaient d’étranges secrets.
La Minuit passa, et la blanche Aube approchait
Lorsque mes pas devant la Mer me ramenèrent.
Belle était-elle en cette heure où la nuit mourait,
Lorsque les étoiles pâlissent, lorsque la
Lune à l'Ouest sombre dans un océan d’argent.

La journée nouvelle était sur le point de poindre,
Mais au loin les bruits de la fête résonnaient
Encor ; aussi décidai-je de regagner
Le lieu que j’avais quitté, pour faire mes adieux,
Avant de partir vers le monde de l’éveil.


Or donc le Soleil se leva, et ses rayons
Frappèrent les toits de la cité, emplissant
Les sombres venelles et les ruelles noires
D'une lueur dorée, tandis que j'y marchais.

Lors ! La vérité sur Tramont me fut connue,
Tranchante et blessante comme un couteau sans manche ;
Les murs de la cité étaient en vérité
À moitié éboulés ; ses tours se dressaient vers
Les cieux comme les longs doigts maigres d’un squelette,
Et un vieux lierre étranglait leurs antiques pierres.
Alarmé, je me mis à courir vers la place,
Lorsque, soudain, un vent chargé de corruption,
Venu de l’endroit où nous avions banqueté,
Se leva et commença à souffler, malin...

Alors je m’enfuis de Tramont, implorant mon
Réveil et la fin de ce cauchemar ; car il
M’apparaissait maintenant que Tramont était,
Depuis maints siècles déjà, une cité morte.

Qu'en pensez-vous ?
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Lun 12 Mar 2012 - 6:47

Tiens ? Il semblerait que mes vers ne vous sissent point (est-ce bien français ?) ou qu'ils vous aient échappé. Mais bon. Peu me chaut. Voici d'ailleurs une nouvelle "espérimentale", rédigée dans un style dont je ne suis pas vraiment familier... Je l'ai faite d'après mon interprétation d'un Fungi de Yuggoth (le XVIIème, de mémoire)...

Il y avait de grandes steppes et des plateaux rocheux
S'étendant, presque illimités, dans la nuit étoilée,
Avec d'étranges deux de camp répandant une faible lumière
Sur des bêtes aux clochettes tintantes, en des troupeaux velus.
Loin vers le sud la plaine descendait large et basse
Vers une ligne sombre en zigzag de murailles gisant
Comme un énorme python surgi de l'aube des temps
Que des éons infinis auraient gelé et pétrifié.

Je frissonnai curieusement dans l'air froid et raréfié
Et je me demadai où je me trouvais et comment j'étais venu,
Lorsqu'une forme enveloppée dns un manteau, près d'un feu de camp,
Se leva et s'approcha, m'appelant par mon nom.
Regardant le visage mort sous le capuchon,
Je cessai d'espérer... car j'avais compris.

H.P. Lovecraft, Un souvenir, in Fungi de Yuggoth


J'ouvre les yeux, et regarde autour de moi. Alentour, tout est froid et sans vie, silencieux et étrangement obscur ; l'arbre contre lequel je m'appuie est décharné par un hiver qui ne semble précéder aucun printemps ; et rien ne bouge sur les collines qui s'étendent au-delà, plongées dans un étrange crépuscule gris qui ne connaîtra jamais son terme --- du moins le crois-je. Où suis-je, je ne puis le dire. Rêve ? Réalité ? Ou quelque chose de pire --- ou de mieux ? Je n'en sais rien.
Pourtant décidé-je, aussi étrange que cela puisse paraître, de me lever et de marcher sur les collines, sans but qui me soit connu. Peut-être pour regarder ce qui se trouve derrière ?
Quoi qu'il en soit, je fais ainsi. Peu à peu, la ligne de croupes se rapproche de moi, au rythme de mon pas. Une vie s'écoule alors, ou peut-être moins. J'atteins la base d'une collines et commence à la gravir. Bientôt, j'arrive sur la crête de l'une d'elle. A ce moment, un vent faible se lève, agite un instant l'air lourd et glacial. Etrange parfum de putréfaction. Il retombe, mort, et je l'oublie. Je regarde ce qui se trouve derrière les collines. Jusqu'à l'horizon gisent des plaines arides, recouvertes d'une herbe corrompue et baignées par la lumière grise de ce crépuscule sans fin. Tout n'est qu'immobilité.
Intrigué cependant par ce paysage, je décide de fouler cette lande grise, je commence la descente du coteau. Un temps indéfini passe --- ce pourrait être mille sonneries de carillon ou une goutte de clepsydre. Je pose les pieds sur l'herbe pestiférée. Nul bruit ne vient troubler l'air, et cet étrange absence de sons m'effraye soudain, moi qui d'ordinaire cherche la solitude complète. Une peur confuse s'empare de moi, et je me mets à éprouver le désir de voir quelque chose --- n'importe quoi --- qui bouge et respire.
Soudain, comme en réponse à mon vœu, j'aperçois une ombre indistincte se mouvoir au loin. Aussitôt, je décide d'aller à sa rencontre. La chose paraît s'en rendre compte, car elle cesse de bouger comme pour m'attendre.
Quelques temps après dans cette désolation, j'arrive assez près d'elle pour que nous puissions parler. L'examinant, je crois reconnaître quelqu'un que j'ai connu il y a très longtemps et que je n'ai plus vu depuis maintes années ; mais il y a une curieuse altération dans ses traits ; et ses vêtements sont en haillons. Tout cela me trouble ; mais pourquoi ? La personne me regarde à son tour, et me dit :
--- Ah ! Toi aussi. Bienvenue.
Entendant ces mots, je comprends tout ; désormais je sais que, comme elle, je suis mort.
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VIK
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Mer 14 Mar 2012 - 20:44

J'aime bien tes deux dernières créations. Tout est toujours fortement influencé par HPL et Machen.
Tu utilises des mots usités, des conjugaisons de verbe osées, des tournures de phrase classique fort éloignées du langage courant. Cela créée donc un décalage et rajoute un côté hermétique. C'est peut-être ton style après tout.

Néanmoins je pense que tu devrais t'essayer à ne pas utiliser ces formules de style "trop littéraires" pour t'entraîner : ce serait une sorte de contrainte que tu te fixerais.
D'une part cela t'obligerait à t'entraîner à faire passer le même message mais avec des mots différents : c'est une contrainte créative due au style que tu t'imposes. Tout comme Perec et l'Oulipo, la contrainte peut être une source de créativité, tout en étant ludique.

D'autre part, c'est en maîtrisant ou en essayant tous les styles que tu pourras trouver celui qui te semble le plus naturel. Je reprends ici le même principe qu'un musicien faisant des gammes :

1) même si il est capable de jouer 2 ou 3 fois plus vite, il doit jouer au tempo adéquat.
Autrement dit, même si tu es capable d'utiliser des formules de style extrêmement littéraires, ce ne sont pas forcément les meilleures en fonction de ce que tu veux faire.

2) un musicien qui ne se spécialiserait que dans du Bach serait certes un expert dans ce domaine... mais si il sait jouer aussi d'autres musiciens classiques, du jazz, du blues, etc ... il devrait être encore meilleur quand il jouera du Bach. Une fois qu'on maîtrise plusieurs styles, on mélange le tout et on obtient le sien, ou celui qu'on préfère.

Toujours dans la même métaphore, le meilleur musicien n'est pas le plus technique. Il y a des guitaristes qui jouent à 200 à l'heure et qui ont une technique folle. Mais sans inspiration, ils ne sont pas des artistes. La technique est nécessaire, mais doit s'effacer lors de l'execution.

En jazz, il y a un truc connu. On ne doit jamais faire de l'esbroufe, ou jouer plus haut que ce qu'on peut. On n'est plus soit-même dans ce cas. Et c'est en perdant sa sincérité qu'on perd son sens musical.

Dans cet état d'esprit, de recherche de contraintes, de style différents, je te conseillerais carrément l'opposé de ton style actuel, à savoir d'essayer des haïkus : penses-tu pouvoir véhiculer d'autres émotions, raconter les mêmes histoires, avec ces contraintes minimalistes ? Tu pourrais aussi essayer des quatrains (je pense à ceux d'Omar Khayam avec son Rubayat, par exemple). Bref, essayer pleins de choses différentes.



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oorgan
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Jeu 15 Mar 2012 - 0:39

Salut, VIC (demain, je commence plus tard, alors en j'en profite)

Merci d'avoir lu mes deux derniers textes ! Il est vrai que c'est assez inspiré de Lovecraft ; j'ignorais par contre pour Machen ; mais c'est toujours bon à savoir ^^ Le style littéééééraire, je l'aime parce qu'il donne un côté assez "dix-neuvième ampoulé" au texte ; mais parfois, en lisant Lovecraft, je me dis que je ne suis pas lui et qu'il vaudrait mieux que je cherche à me détacher de son style. L'idée des haïkus me tentent bien - je chercherai précisement les caractéristiques de ces poèmes japonais Wink (A propos de poème et de technique, ça me rappelle que j'ai deux autres récits en vers réguliers et en rimes - et ils sont compréhensibles. Et un autre en onzain. Assez poétique et plutôt bref, d'ailleurs.)

Cependant, j'ai voulu écrire un texte plus simple au niveau du vocabulaire et des tournures, et cela m'a amené, ainsi que d'autre chose, à écrire le texte qui va suivre. C'est une sorte de poème en prose (je crois), une "ode" à Dijon, dont l'idée m'est venu en regardant les places marbrés sous le soleil et les rues sombres où se trouvent encore un peu de la magie des âges passés... J'en ai même rêvé, et Dijon s'est ainsi retrouvé dans Ghabjo, qui est seulement mentionné dans quelques AVH. Bref, j'ai écrit ce texte, d'une impulsion dionysiaque ; si l'on devait écouter une musique avec, ce serait les Litanies de Jehan Alain à l'orgue Razz ; je pense que l'on y retrouve le même rythme que la ville. Mais assez de ce Prélude, et voici la Fugue :

A Dijon

Insomnie – quelque chose d’indéfinissable m’empêche de dormir. Chaleur ? Fébrilité ? Je ne sais pas. Attrapant à tâtons mon portable, je regarde l’heure. 1h 48. Plus que quatre heures environ avant la levée du jour. Je regarde à travers ma fenêtre – j’ai oublié de la fermer hier soir. Le ciel est noir, les lumières sont éteintes. Le silence règne sur la cité – pas un seul bruit ne me parvient. Trop tôt pour les oiseaux de nuit – humains ou ailés. Je tente de somnoler – réussis.
Quelques heures après, le trille aigu d’un oiseau déchire soudain cette quiétude. Son chant harmonieux commence à s’élever – mais, avant qu’il ait pu s’envoler et retomber en cascades de notes, il est couvert par le bruit infernal des premières voitures de la journée. J’ouvre les yeux. Derrière ma fenêtre, le ciel est bleu – mais probablement les fenêtres orientées vers l’Ouest ne montrent-elles que les ténèbres. La cinquième heure sonne à un clocher voisin – je décide de me lever.
Deux heures et demie plus tard environ, je suis dans le bus, seul dans la cohue. A côté de moi, l’un des mes amis écoute tranquillement de la musique. Moi, je médite. Vingt minutes s’écoulent. Nous descendons. Dehors, le ciel est bleu immaculé. Les serpents de lumière du soleil commencent à ramper le long des toits. Nous dépassons les grimaçantes gargouilles d’une église gothique. Éblouissement – le jaune fanal des cieux est en face de nous. Puis nous plongeons dans l’ombre des ruelles tortueuses.
Cinq cent mètres plus loin – devant le lycée. Nous saluons nos amis. Sonnerie annonçant le début des cours – il est 8h. Nous entrons dans l’ancien monastère. Ce matin, économie. Intérêt. Mathématiques. Ennui. Midi vient ; fin des cours.
Je remonte chez moi pour manger, le frais vent d’Est dans mon dos. Animation de la ville grouillante. Charme méridional des rues aux murs colorés. Blancheur des pavés des vastes places. Ombre des maisons hautes, lorgnant passivement les passants. Soudain, le vacarme de la cité s’arrête durant un instant fragile – une seconde, ou peut-être plus. Puis le vent tourne. Apporte à mes oreilles le pandémonium des travaux. Ronflements des marteaux piqueurs. Cris des ouvriers s’affairant encore malgré l’heure. Par-dessus ce chaos sonore, les sirènes des pelleteuses, des bulldozers et des camions. Le chant rythmé de la ville reprend.
À la maison. Thon et pâtes. Roquefort. Pas de fruits. Repas simple et rapide. Ensuite, il est l’heure de repartir – prends le bus. Lis en attendant d’arriver à mon arrêt. Descends au même endroit que ce matin – accompagné de la même personne. Sans attendre qui que ce soit, nous rentrons par derrière le lycée. Cours de Français. Puis d’Anglais.
Une courte heure de trou – la passons dans un petit parc. Froideur de la pierre d’un vieil amphithéâtre. Bruissement du vent dans les haies. Devant nous, un bassin vide ; plus loin dans cette direction, le Conservatoire – horrible ruche cyclopéenne. Lorsque l’heure s’achève, rentrons au lycée.
Il est 17h – dernier cours de la journée ; Accompagnement Personnalisé – autre nom de la permanence. Hurlement. Jeu. Énervement du professeur. Son soulagement lorsque l’ultime sonnerie retentit – plus claire et forte même que la liesse de la classe en délire.
Je reprends la route de chez moi – seul. À l’intérieur du bus se presse la foule. Pourtant trouvé-je une place. Me remets à lire. À mesure que les arrêts défilent, le véhicule se désemplit. Moi-même finis par le quitter, manquant de trébucher sur le sol craquelé par des travaux dont le but ne nous est même pas connu. Tourne le coin d’une rue, devant un restaurant miteux. À ma gauche, le soleil descend vers l’Ouest, langoureux. La chaleur diminue. L’Est s’assombrit. Peu après, je suis à la maison. Salue ma mère. Monte dans ma chambre travailler en attendant le repas.
Nous dînons à 19h. Après que j’ai débarrassé la table, je m’accorde quelques instants de détente – allume l’ordinateur. Envie soudaine d’écrire un texte sur Dijon, ma ville – commence à rédiger cela :

Insomnie – quelque chose d’indéfinissable m’empêche de dormir. Chaleur ? Fébrilité ? Je ne sais pas. Attrapant à tâtons mon portable, je regarde l’heure. 1h 48. Plus que quatre he…

[Quelle coda !]
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Jeu 15 Mar 2012 - 11:24

je suis né à Dijon, quel bel hommage !
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MessageSujet: Re: Le Fantastique façon Oorgan   Jeu 15 Mar 2012 - 18:42

linflas a écrit:
je suis né à Dijon, quel bel hommage !
Moi, à Bourg-la-Reine, mais je suis plus chez à Dijon qu'en région parisienne Wink Merci !
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