La Taverne Des Aventuriers

L'antre des nostalgiques de Livres dont VOUS êtes le héros
 
AccueilPortailS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Parlons d'histoire

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
AuteurMessage
Voyageur Solitaire
Voyageur
Voyageur


Nombre de messages : 9515
Date d'inscription : 14/03/2009

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mar 31 Oct 2017 - 14:45

Petite précision (primordiale cependant) sur les fameuses Indulgences : très vite, elles devinrent payantes. Vous donniez une certaine somme à l'Eglise qui, en échange, vous remettait un document certifiant que vous étiez absous de vos fautes et péchés pour une durée donnée... Il y a même eu des barèmes afin de fixer le montant à payer en fonction de la faute commise. L'absolution contre du fric ou comment se donner bonne conscience tout en remplissant les caisses...
Certes, toutes les Indulgences n'étaient pas forcément payantes. On pouvait en donner une par exemple à deux seigneurs qui acceptaient de faire la paix ou à un noble qui partait en Croisade. Mais bon, quand-même, il subsistait l'idée, le principe, de racheter (au sens financier ou pas) ses fautes et péchés.

Etant athée et même anticlérical, perso, je mets tout le monde dans le même sac. Mais sur le principe de dénoncer ce genre de pratiques, je peux comprendre la révolte de Luther.
Revenir en haut Aller en bas
Gorak
Maître d'armes
Maître d'armes
avatar

Masculin
Scorpion Buffle
Nombre de messages : 1891
Age : 44
Localisation : Sochaux (25)
Profession : Archiviste
Loisirs : Lecture, jeux vidéo, musique, cinéma, voyages
Date d'inscription : 02/06/2010

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mar 31 Oct 2017 - 16:48

gynogege a écrit:
Malheureusement ? Smile
Tu as pris ton parti apparemment...

Pas du tout.

Je dis "malheureusement" parce que l'Eglise, si elle avait corrigé plus tôt les abus dont elle souffrait au lieu de réagir une trentaine d'années plus tard, aurait pu éviter cette scission.

Au lieu de cela, le monde chrétien s'est divisé et c'est dommage.

Mais, à cette époque, les hauts dignitaires de l'Eglise - à commencer par les papes - étaient davantage des princes qui préféraient le marbre de leurs palais et côtoyer les cours que de s'intéresser aux plus humbles dont ils avaient la bonne garde.

Je le répète : Luther ne voulait pas provoquer une rupture avec l'Eglise. Il voulait simplement entamer un débat de fond et corriger les abus, c'est tout. Il n'a pas été entendu et on l'a traité en hérétique. Tout dialogue était dès lors impossible.
Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
Shadacool
Chevalier
Chevalier
avatar

Masculin
Balance Singe
Nombre de messages : 229
Age : 37
Localisation : Kharé
Date d'inscription : 21/01/2013

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mer 15 Nov 2017 - 14:33

Je me permets d'intervenir au sujet de la discussion sur le protestantisme. Ce ne sont pas les éventuels abus de l’Eglise catholique qui ont engendré le protestantisme, ce sont des divergences profondes, d'ordre théologique, qui ont poussé une partie importante des Européens à adhérer aux thèses de Luther et, en France, de Calvin. Car il ne faut pas oublier qu'à cette époque, la spiritualité joue un rôle primordial dans la vie de chacun. Le peuple est alors dans l'incertitude par rapport à une question primordiale, celle du salut, et vit dans la crainte de la damnation éternelle. L'Eglise catholique est bien incapable, le plus souvent, d'y répondre comme il faut, de remédier à cette angoisse permanente. Ce dont prend conscience Martin Luther, et le problème des Indulgences est pour lui avant tout la goutte d'eau qui va le pousser à publier ses thèses. Mais en aucun cas il ne faut résumer l'émergence du protestantisme aux seules dérives de l'Eglise catholique de l'époque.

Pour résumer, car le but n'est pas ici de faire un article encyclopédique, les divergences entre catholiques et protestants portent sur trois aspects, la doctrine, le rapport à l'Eglise et le culte. Au niveau de la doctrine, si pour les deux religions, la source de la foi reste la Bible, les catholiques y ajoutent les textes apocryphes, rejetés par les protestants. Mais on note surtout une divergence fondamentale au niveau du salut. Pour les catholiques, l'homme peut choisir entre Bien et Mal, et accède au salut par la foi et par ses œuvres (dons, pénitences, culte des reliques...) Pour les luthériens et calvinistes, seule la foi lui permet d'accéder à la grâce divine, à la différence que chez les calvinistes, il s'y ajoute une notion de prédestinée (pas de choix entre le Bien et le Mal, Dieu connaît déjà la destinée de chaque individu dès sa naissance). Concernant les sacrements ensuite, au nombre de 7 chez les catholiques, on n'en a plus que 3 chez les protestants (baptême, Cène (eucharistie) et pénitence) et uniquement 2 chez les calvinistes (baptême et Cène). Enfin, toujours au niveau de la doctrine, le culte de la Vierge et des Saints, considéré comme de l'idolâtrie, est proscrit chez les protestants, seule compte la médiation du Christ. Clairement, les réformateurs protestants ont cherché à se rapprocher du Christianisme originel par l'exégèse biblique, en rejetant certaines doctrines issues des différents conciles.

Après, au niveau de l'Eglise, les protestants jugent qu'en tant que véritable demeure, elle est invisible des hommes, l'autorité romaine est ainsi rejetée (on voit même la création d'une Eglise d'Etat chez les luthériens). Il n'y a plus de clergé, le pasteur étant élu par la communauté des fidèles, et peut se marier (à noter que les prêtres catholiques pouvaient se marier jusqu'au XIIe siècle).

Enfin, concernant le culte, le temple protestant exclut radicalement les images, contrairement aux églises catholiques où elles abondent. De même, la liturgie, une messe en latin chez les catholiques, devient un office simple en langue vulgaire chez les protestants, donc compréhensible par tous. Et pour finir, la communion n'a pas la même symbolique chez les catholiques, les luthériens et les protestants, transsubstantiation physique chez les premiers, consubstantiation chez les seconds, transsubstantiation spirituelle chez les derniers.

Pour conclure, le but principal des réformateurs a été de revenir à ce qu'ils ont estimé être un Christianisme plus pur, plus accessible et plus proche de l'homme. Par la suite, la réaction de l'Eglise catholique donnant lieu au Concile de Trente n'a pas été de réformer l'Eglise d'une manière similaire mais au contraire d'affirmer ou préciser la doctrine déjà en place. La suite, on la connaît tristement, elle donna lieu aux terribles guerres de religion.
Revenir en haut Aller en bas
Voyageur Solitaire
Voyageur
Voyageur
avatar

Masculin
Vierge Rat
Nombre de messages : 9515
Age : 45
Localisation : Recherche Yavanna...
Profession : Dieu des voyageurs et Arpenteur des mondes, souverain d'Atalis la Cité des Sables, Maître des Terres d'évasion.
Loisirs : Reprendre du désert...
Date d'inscription : 14/03/2009

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mer 15 Nov 2017 - 16:11

Rien à redire à tout ceci.
Malgré tout, le rejet d'une certaine "forme" de l'Eglise, (hiérarchie, cour fastueuse, cérémonies grandioses, liturgie pompeuse...) est certainement à inclure dans la réaction que fût le mouvement protestant. On peut dire que ce dernier voulait revenir aux fondamentaux d'une certaine manière, à l'essentiel et que, au passage, ces manifestations extérieures, voyantes, furent prises dans le lot. La goutte d'eau qui fît déborder le vase ou l'hostie qui fît déborder le vin de messe, comme on veut. Il est vrai que pour simplifier, on a tendance à présenter Luther et les siens comme des "lanceurs d'alerte" qui se seraient dressés, idéalistes, contre une Eglise catholique automatiquement présentée comme corrompue et corruptrice. C'est aller un peu vite, c'est oublier que le Protestantisme était bien plus que cela et que personne n'est jamais tout noir ni tout blanc. Au-delà d'une Eglise peut-être pas toujours très catholique, il y avait aussi des religieux sincères fidèles aux enseignements et principes des Evangiles.

Après, les querelles internes sur le sexe des anges comme on dit sont une vieille affaire de famille dans l'Eglise. Dès les premiers temps antiques, les chrétiens se tapaient déjà sur la gueule avec enthousiasme : Basilide écrivait que Jésus s'était fait remplacer par Simon de Cyrène sur sa croix car un dieu ne saurait mourir, Valentin pensait que si le Christ buvait et mangeait comme tout le monde, sa part divine le dispensait d'aller faire pipi et caca... Rien d'inventé là-dedans et à l'époque, on n'hésitait pas à sortir les poignards et s'entretuer sur ce genre de questions, comme le prouve (avec un peu plus de sérieux quand-même) la querelle Arianiste qui empoisonna l'Orient romain, les conciles de Nicée et de Constantinople n'y faisant rien. Paul de Samosate avait déjà été condamné comme hérétique par le concile d'Antioche en 268 après J.C à peine...
C'est quelque chose de commun à toutes les religions. Les fils de l'Islam ont connu et connaissent encore les rivalités sanglantes entre sunnites et chiites ou les divergences de mouvements soufis comme l'alevisme ou le mevlevisme (ce dernier à l'origine des fameux derviches tourneurs). De mémoire, je ne sais ce qu'il en est pour le judaïsme mais il doit bien y avoir des oppositions et courants en son sein également.
Je dirais même que c'est un phénomène logique au sein d'une religion de voir apparaître des contre-courants ou des conceptions différentes.
Revenir en haut Aller en bas
Gorak
Maître d'armes
Maître d'armes
avatar

Masculin
Scorpion Buffle
Nombre de messages : 1891
Age : 44
Localisation : Sochaux (25)
Profession : Archiviste
Loisirs : Lecture, jeux vidéo, musique, cinéma, voyages
Date d'inscription : 02/06/2010

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mer 15 Nov 2017 - 17:44

Voyageur Solitaire a écrit:
Dès les premiers temps antiques, les chrétiens se tapaient déjà sur la gueule avec enthousiasme : Basilide écrivait que Jésus s'était fait remplacer par Simon de Cyrène sur sa croix car un dieu ne saurait mourir, Valentin pensait que si le Christ buvait et mangeait comme tout le monde, sa part divine le dispensait d'aller faire pipi et caca...

A noter toutefois que ces querelles théologiques n'intéressaient qu'une infime minorité de chrétiens lettrés. La grande majorité du peuple était à mille lieues de tout cela.
Concernant la Réforme, c'est la même chose. En France, tout est parti de quelques érudits réunis autour de l'archevêque Guillaume Briçonnet, on l'appelait le "Cercle de Meaux". Mais la majorité des Français, quasiment tous des paysans, se contentaient de suivre la tradition en écoutant leur curé. Curé qui, bien souvent, était aussi illétré qu'eux.

Avec la création des séminaires, lors de la Contre-Réforme catholique, le petit personnel ecclésiastique sera bien mieux formé.

Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
Voyageur Solitaire
Voyageur
Voyageur
avatar

Masculin
Vierge Rat
Nombre de messages : 9515
Age : 45
Localisation : Recherche Yavanna...
Profession : Dieu des voyageurs et Arpenteur des mondes, souverain d'Atalis la Cité des Sables, Maître des Terres d'évasion.
Loisirs : Reprendre du désert...
Date d'inscription : 14/03/2009

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mer 15 Nov 2017 - 18:24

Ces querelles n'étaient pas si anodines que ça et ont parfois dégénéré en émeutes, lynchages et autres règlements de compte. A Byzance, l'opposition entre iconoclastes et iconolâtres a fait couler le sang à flots avec tortures et exécutions. La querelle arienne a vite débordé pour devenir un véritable schisme (sinon on n'aurait pas convoqué deux conciles pour tenter de trouver une solution) sans parler, toujours à Byzance, du monophysisme qui a déchiré l'empire byzantin. Ou de l'orthodoxie qui a provoqué une scission également.
Les gens de l'époque avaient la foi chevillée au corps et ne rigolaient pas avec ça. Ces idées se répandaient vite hors du cercle des lettrés et on s'arrangeait pour les faire savoir à ceux qui ne savaient pas lire : prêches, lectures publiques, prédications enflammés... En France, "l'affaire des placards" a mis fin à la politique de conciliation de François Ier et donné le signal des premières persécutions...
Revenir en haut Aller en bas
Gorak
Maître d'armes
Maître d'armes
avatar

Masculin
Scorpion Buffle
Nombre de messages : 1891
Age : 44
Localisation : Sochaux (25)
Profession : Archiviste
Loisirs : Lecture, jeux vidéo, musique, cinéma, voyages
Date d'inscription : 02/06/2010

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mer 15 Nov 2017 - 19:38

Voyageur Solitaire a écrit:

Les gens de l'époque avaient la foi chevillée au corps et ne rigolaient pas avec ça.

Oui, mais c'est surtout parce que l'Eglise encadrait la vie quotidienne des gens. Du berceau à la tombe. Et cela a commencé avec le Grand Schisme d'Occident, à ce moment de l'histoire où des querelles avaient fait émerger jusqu'à cinq papes ! Pour le peuple, c'était une catastrophe : qui était le bon ? D'autant que chacun des papes jetaient l'anathème sur les autres et ceux qui leur étaient fidèles. Et comme à cette époque, on craignait pour le salut de son âme...

C'est d'ailleurs cette question du salut qui va animer la réflexion de Luther. Alors que des papes, de hauts dignitaires ecclésiastiques agissaient plus comme des princes pétris d'ambition personnelle et avides de gloire et de revenus, il y avait des chrétiens sincères qui attendaient des réponses.

Je crois que les Borgia furent quand même le pire de ce qui s'est fait dans la papauté... même si Alexandre VI, au final, n'était pas si mauvais qu'on l'a décrit (c'était un grand mécène et un fin connaisseur d'art, doublé d'un érudit) mais placer ses enfants et ses proches à des hauts postes, cela fait quand même un peu désordre quand on dirige l'Eglise... Smile
Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
Voyageur Solitaire
Voyageur
Voyageur
avatar

Masculin
Vierge Rat
Nombre de messages : 9515
Age : 45
Localisation : Recherche Yavanna...
Profession : Dieu des voyageurs et Arpenteur des mondes, souverain d'Atalis la Cité des Sables, Maître des Terres d'évasion.
Loisirs : Reprendre du désert...
Date d'inscription : 14/03/2009

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Mer 15 Nov 2017 - 21:31

Bah ! Le népotisme ne date pas d'hier et pas que dans l'Eglise. Sénèque (qui reste un grand philosophe à lire et relire) parlait d'austérité et de détachement en buvant son vin millésimé dans des coupes en or... Pour les Borgia, je me méfie de tout ce formidable déballage d'ordures sur cette famille, ça en devient suspect. Ils ne sont pas les premiers et ne seront pas les derniers noircis pour des siècles et il est souvent intéressant de gratter le vernis pour tenter de voir qui ils étaient vraiment. Mais c'est difficile tant la légende a bouffé les personnages...
Revenir en haut Aller en bas
Gorak
Maître d'armes
Maître d'armes
avatar

Masculin
Scorpion Buffle
Nombre de messages : 1891
Age : 44
Localisation : Sochaux (25)
Profession : Archiviste
Loisirs : Lecture, jeux vidéo, musique, cinéma, voyages
Date d'inscription : 02/06/2010

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Jeu 16 Nov 2017 - 1:04

Voyageur Solitaire a écrit:
Pour les Borgia, je me méfie de tout ce formidable déballage d'ordures sur cette famille, ça en devient suspect. Ils ne sont pas les premiers et ne seront pas les derniers noircis pour des siècles et il est souvent intéressant de gratter le vernis pour tenter de voir qui ils étaient vraiment. Mais c'est difficile tant la légende a bouffé les personnages...

Exactement. Mais il existe un excellent ouvrage qui réhabilite un peu cette famille : c'est "Les Borgia" de Marcel Brion.



Dans ce livre, les Borgia sont remis dans le contexte de l'époque, ce qui relativise justement la légende noire qui leur a été accolée. En fait, c'est toute l'Italie du XVe et XVIe siècle qui était gangrénée par la décadence des moeurs. Les Borgia étaient simplement des princes de leur temps.

De toute façon, à Rome, héritage antique je suppose, les vieilles familles étaient prêtes à s'entretuer pour obtenir toutes les charges et tous les pouvoirs. Et comme les Borgia étaient des étrangers à la base...
Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
Shadacool
Chevalier
Chevalier
avatar

Masculin
Balance Singe
Nombre de messages : 229
Age : 37
Localisation : Kharé
Date d'inscription : 21/01/2013

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Jeu 16 Nov 2017 - 10:03

Gorak a écrit:

A noter toutefois que ces querelles théologiques n'intéressaient qu'une infime minorité de chrétiens lettrés. La grande majorité du peuple était à mille lieues de tout cela.
Concernant la Réforme, c'est la même chose. En France, tout est parti de quelques érudits réunis autour de l'archevêque Guillaume Briçonnet, on l'appelait le "Cercle de Meaux". Mais la majorité des Français, quasiment tous des paysans, se contentaient de suivre la tradition en écoutant leur curé. Curé qui, bien souvent, était aussi illétré qu'eux.

Avec la création des séminaires, lors de la Contre-Réforme catholique, le petit personnel ecclésiastique sera bien mieux formé.

C'est exact, la Réfome a d'abord pris essentiellement chez les nobles, relativement nombreux à se convertir, qui entraînaient par la suite leurs paysans. De même, les curés convertis entraînaient leurs ouailles. Cependant, si le peuple était effectivement illetré, il faut garder à l'esprit qu'il était très dévôt à cette époque, la croyance en Dieu fait partie intégrante de la vie de tout un chacun, des paysans aux nobles, croyance très souvent mêlée de superstition. Dans ce contexte, la principale angoisse reste la crainte de la damnation, à laquelle la Réforme a su parfaitement répondre. Ceci, ajouté à la simplicité du culte et de l'Eglise (office en langue vulgaire, pasteur désigné par les fidèles, temples dépouillés) ont sans aucun doute attiré bon nombre de fidèles, même issus des plus basses couches sociales. Par ailleurs, si une diminution conséquente du nombre de protestants en France est avérée entre le XVIe et le XVIIe siècle, elle fut somme toute progressive et le retour au catholicisme ne fut jamais massif.

Voyageur Solitaire a écrit:
Ces querelles n'étaient pas si anodines que ça et ont parfois dégénéré en émeutes, lynchages et autres règlements de compte. A Byzance, l'opposition entre iconoclastes et iconolâtres a fait couler le sang à flots avec tortures et exécutions. La querelle arienne a vite débordé pour devenir un véritable schisme (sinon on n'aurait pas convoqué deux conciles pour tenter de trouver une solution) sans parler, toujours à Byzance, du monophysisme qui a déchiré l'empire byzantin. Ou de l'orthodoxie qui a provoqué une scission également.
Les gens de l'époque avaient la foi chevillée au corps et ne rigolaient pas avec ça. Ces idées se répandaient vite hors du cercle des lettrés et on s'arrangeait pour les faire savoir à ceux qui ne savaient pas lire : prêches, lectures publiques, prédications enflammés... En France, "l'affaire des placards" a mis fin à la politique de conciliation de François Ier et donné le signal des premières persécutions...

Oui, en ce qui concerne l'Orthodoxie, il y avait à la fois un débat de fond théologique, mais également politique. Car si les orthodoxes refusent entre autre la primauté de l'évêque de Rome, prétextant que la raison invoquée par les catholiques pour celle-ci est fausse, c'est aussi parce que Constantinople est devenu le centre spirituel et politique de tout le sud-est de l'Europe.

Gorak a écrit:
Voyageur Solitaire a écrit:

Les gens de l'époque avaient la foi chevillée au corps et ne rigolaient pas avec ça.

Oui, mais c'est surtout parce que l'Eglise encadrait la vie quotidienne des gens. Du berceau à la tombe. Et cela a commencé avec le Grand Schisme d'Occident, à ce moment de l'histoire où des querelles avaient fait émerger jusqu'à cinq papes ! Pour le peuple, c'était une catastrophe : qui était le bon ? D'autant que chacun des papes jetaient l'anathème sur les autres et ceux qui leur étaient fidèles. Et comme à cette époque, on craignait pour le salut de son âme...

C'est d'ailleurs cette question du salut qui va animer la réflexion de Luther. Alors que des papes, de hauts dignitaires ecclésiastiques agissaient plus comme des princes pétris d'ambition personnelle et avides de gloire et de revenus, il y avait des chrétiens sincères qui attendaient des réponses.

Le peuple reste tout de même trés éloigné de Rome et n'est pas vraiment touché par les histoires entre papes. Il faut garder à l'esprit qu'à l'époque, il n'y a pas de médias pour nous parler du pape tous les jours. Le seul représentant de l'Eglise auquel la majorité des gens ont affaire, c'est le curé de la paroisse. Souvent peu formé (avant les séminaires décrétés par le Concile de Trente), il est souvent dans l'incapacité de répondre aux attentes de ses ouailles. Puis bon, la messe en latin... Il aura fallu bien longtemps pour que l'Eglise catholique se rende compte que pour faire passer un message, encore faut-il qu'il soit compréhensible.
Revenir en haut Aller en bas
Gorak
Maître d'armes
Maître d'armes
avatar

Masculin
Scorpion Buffle
Nombre de messages : 1891
Age : 44
Localisation : Sochaux (25)
Profession : Archiviste
Loisirs : Lecture, jeux vidéo, musique, cinéma, voyages
Date d'inscription : 02/06/2010

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Jeu 16 Nov 2017 - 15:06

Shadacool a écrit:
c'est le curé de la paroisse. Souvent peu formé

C'est pourquoi le curé était souvent assisté d'un vicaire qui s'occupait des tâches administratives de la paroisse, comme la tenue des registres paroissiaux, par exemple.

Quand les curés passeront par la case séminaire, par la suite, cela ira un peu mieux de ce côté-là.

Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
Shadacool
Chevalier
Chevalier
avatar

Masculin
Balance Singe
Nombre de messages : 229
Age : 37
Localisation : Kharé
Date d'inscription : 21/01/2013

MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   Jeu 16 Nov 2017 - 17:45

Pour changer un peu de sujet, un anniversaire quasiment passé sous silence dans nos médias entièrement contrôlés par les capitalistes, c'est le centenaire de la Révolution d'Octobre, seconde phase de la Révolution russe. Celle-ci eût lieu en fait le 7 novembre 1917 de notre calendrier car les Russes, avant la Révolution, utilisaient encore le vieux calendrier julien de l'Eglise orthodoxe russe, selon lequel on était alors le 25 octobre.

Le communisme, tel que mis en place par Lénine, a fait couler beaucoup, beaucoup d’encre. Quoi qu’on en pense, cependant, il est toutefois bon de rappeler qu’auparavant, la Russie des tsars était alors le dernier régime autocratique d’Europe. Un régime extrêmement dur, dans lequel la population russe, en majorité constituée de paysans, vivait dans une grande misère. Lisez Tolstoï pour vous en convaincre, il en parle admirablement. Quoi qu’on en dise également, au départ, cette seconde phase de la Révolution russe a apporté un immense vent de changement, dans le bon sens. Le mot d’ordre des bolcheviks était alors « Tout le pouvoir aux soviets ! » et ils furent effectivement suivis par l’écrasante majorité de ceux-ci. Pour rappel, les soviets étaient les conseils d’ouvriers, de paysans ou de soldats, des organisations on ne peut plus démocratiques. Aujourd’hui, certains tentent de minimiser l’importance de la Révolution d’Octobre, en prétextant que celle-ci n’était qu’un coup d’Etat, que les bolcheviks n’ont pas agi de manière démocratique, etc. Des articles très subjectifs fleurissent sur la toile, des reportages peu soucieux de vérité historique sont diffusés (y compris sur Arte). Sauf qu’on ne peut nier les apports, innombrables, de la Révolution russe. Entre l‘abolition des grandes propriétés foncières et la redistribution des terres aux paysans, le contrôle ouvrier des usines, l’égalité entre toutes les nationalités de Russie, l’abolition de la peine de mort, la nationalisation des banques, la journée des huit heures, le passage au calendrier grégorien, la suppression des privilèges, la séparation de l’Eglise et de l’Etat… Tout cela deux jours à peine ! Comme l’écrivit si bien John Reed, le journaliste américain devenu bolchevik, les jours qui menèrent à cette révolution furent bien « dix jours qui ébranlèrent le monde ».

Compte tenu du fait que la Russie fut ensuite attaquée de toutes parts par les nations capitalistes et que Lénine, blessé au cours de cette guerre et fortement diminué, fut incapable de rétablir un régime démocratique qu’il avait laissé dériver, on ne sera pas surpris de lire une pléthore d’articles prétendant que la Révolution d’Octobre n’a été qu’un moyen pour un homme assoiffé de pouvoir d’arriver aux commandes. Depuis le « Livre noir du communisme », on a pu lire quantité d’écrits de la sorte, tendant à minimiser le caractère résolument progressiste de ce qui était une véritable révolution, la dernière en Europe à ce jour. Ce sont en fait les années de dictature stalinienne, qui ont suivi la mort de Lénine, qui ont en fait réellement terni, et pour longtemps, l’image de cet épisode de l’Histoire. Pourtant, la Révolution russe fut alors un formidable espoir pour les peuples opprimés. Aujourd’hui malheureusement, dans une époque où le capitalisme financier et l’exploitation règnent en maître absolu (pardon, il faut dire « économie de marché » pour être politiquement correct), on associe facilement communisme à stalinisme, en oubliant que pendant longtemps, le communisme représentait le courant le plus progressiste qui soit, en politique. De ce fait, n’ayant plus une véritable gauche digne de ce nom, on assiste à un véritable pourrissement des institutions, dans tous les pays. Je pense de ce fait que l’avenir, très incertain, verra sans doute le renouveau du communisme, sous une forme débarrassée de la bureaucratie qui a causé sa perte en Russie. Il faut parfois plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, pour qu’un système d’idées révolutionnaire arrive à maturité. Et quoi de plus noble, au fond, que de désirer une société sans classe. Utopie ? Tout système politique idéaliste qui n’a jamais existé peut être considéré comme une utopie… jusqu’à ce qu’il voit réellement le jour.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Parlons d'histoire   

Revenir en haut Aller en bas
 
Parlons d'histoire
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
 Sujets similaires
-
» Parlons d'histoire
» Parlons d'histoire
» Parlons japonais autour d'un petit saké
» [A LIRE] Histoire de la taverne + Tuto d'upload.
» HISTOIRE DE LUMUMBA

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Taverne Des Aventuriers :: La Vie à l'Extérieur de la Taverne :: Divers-
Sauter vers:  
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Signaler un abus | Forum gratuit