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 L'art délicat de la traduction

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cdang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Ven 21 Oct 2016 - 11:41

Tracuteur est un métier. Et en fait, ça dépend je pense du statut du tracuteur.

Si c'est un pigiste, il accepte ou refuse le contrat, ça dépend du taff qu'il a déjà dans son panier et des relations qu'il veut cultiver avec l'éditeur.

Si c'est un salarié, on lui dépose un dossier, il le traite. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de tracuteurs salariés (le milieu de l'édition n'étant pas vraiment réputé pour la stabilité de ses emplois), mais pour une grosse boîte comme Gallimard c'est pas impossible.

Après, l'image poétique du travailleur qui choisit les tâches qu'il traite en fonction de ce qui l'éclate… Bon, après, manifestement, il y en a qui se sont bien marrés quand même. Comme le Xanthic Horror qui devient un « Chernobyl Glaireux » dans Le Siège de Sardath, et il paraît que les Bhanariens qui chantent La Marseillaise dans un LS
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Antares
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Sam 22 Oct 2016 - 19:43

Quant on regarde le CV de certains des tracuteurs, on constate quand même qu'ils ont touché à tout, du plus léger au plus sérieux. Et puis, il fut un temps où la fantasy n'était pas aussi "populaire" ou vendeuse qu'à présent. Les farfadets et les lutins du SDLMDF resteront dans l'histoire de la tracution...
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cdang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Dim 23 Oct 2016 - 1:37

Antares a écrit:
Les farfadets et les lutins du SDLMDF resteront dans l'histoire de la tracution...
Mais pour quelqu'un connaissant bien la culture anglaise et ayant une optique cibliste, ces tracutions sont tout à fait logiques.
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MarkTwang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Dim 23 Oct 2016 - 17:37

gynogege a écrit:
Ah bon, il y a des tracuteurs qui ont fait des ldvelh ? En fait, je me disais que c'était dommage que parmi les nostalgiques de la taverne il n'y ait pas (à ma connaissance) des auteurs ou des traducteurs de l'époque historique. Ce serait vraiment intéressant de pouvoir échanger avec eux (comme l'extrait d'interview de Mona de Pracontal).

Il se murmure que le sieur James Campbell, auteur des Messagers du Temps serait en réalité le tracuteur Jean-François Ménard

http://planete-ldvelh.com/page/artiste-james-campbell.html
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mer 14 Déc 2016 - 16:37

Un article intéressant sur la difficulté à rendre l'esprit d'un texte et le contexte lors d'une traduction :

Bérengère Viennot, « Pour les traducteurs, Trump est un casse-tête inédit et désolant », Slate.fr, 14 décembre 2016

« Je ne traduis pas des mots, je traduis des pensées. Des situations, des personnalités, des moments. Et j’emballe tout cela dans un vocabulaire, un champ sémantique qui en français devra créer chez le lecteur la même impression, la même réflexion que celles qui ont été suscitées chez le lecteur d’origine. » (Donc là, on a un point de vue cibliste c'est-à-dire qu'on s'adapte à la cible, au lecteur français.)

À la lecture de cet article, on revient sur le fait qu'il est souvent plus difficile de traduire des mots simples (dans la langue d'origine) que des expressions complexes.

Bérengère Viennot a écrit:
À la décharge du prochain président des États-Unis, ce n’est facile pour personne de répondre à des questions au débotté, surtout quand on n’a pas l’habitude. On peut donc comprendre que la syntaxe soit bancale ou hésitante — que celui qui n’a jamais bafouillé de trac ou cherché ses mots lors d’une prise de parole publique lui jette le premier Bescherelle. En revanche, la pauvreté du vocabulaire est frappante, quel que soit le contexte. Dans cet extrait mais aussi dans la plupart des interventions de Trump, il passe son temps à répéter les mêmes mots ou expressions en boucle. Que cette pénurie de vocabulaire reflète une pauvreté de pensée que les analystes politiques pourront commenter est une chose. En revanche, en tant que traductrice, Trump me met dans une situation embarrassante.

Je ne traduis pas des mots, je traduis des pensées. Des situations, des personnalités, des moments. Et j’emballe tout cela dans un vocabulaire, un champ sémantique qui en français devra créer chez le lecteur la même impression, la même réflexion que celles qui ont été suscitées chez le lecteur d’origine. Dans le cas d’Obama, c’était plutôt simple : la pensée est claire, le message précis et maîtrisé, le vocabulaire châtié, la syntaxe impeccable. Paradoxalement, la pensée de Trump qui est beaucoup plus creuse et qui tourne souvent autour du même sujet (dans le cas de cette interview, sa victoire), est bien plus compliquée à rendre. En cassant les codes du discours, en utilisant un vocabulaire limité et une syntaxe hachée et décousue, cet homme politique (si si, on est bien obligé de lui accorder ce statut maintenant) force le traducteur, il ME force, à réviser, à réduire et à appauvrir mon champ sémantique de travail.

Un exemple : Trump utilise toujours les mêmes adjectifs. Il en a une petite poignée dans sa besace, et pour ce que j’ai pu en juger ce sont principalement : great (qui revient 45 fois dans son interview au NYT), tremendous, incredible, strong et tough (sans oublier les incontournables good et bad), qu’il enfile comme des perles en les assortissant de very quand il se sent inspiré. Je vous donnerais volontiers la traduction de ces mots entre crochets, comme il est d’usage quand on ne traduit pas des mots en langue étrangère dans un article, mais justement c’est là mon propos : en principe, chaque mot peut être traduit différemment en fonction du contexte, c’est ce qui fait le charme et l’intérêt du métier.

«Je suis un gars malin, hein»

Avec Trump, si de nouveaux mots font leur apparition dans la traduction du discours politique, ils vont vers une simplification, un appauvrissement du sens et de la réflexion. Dans une de mes dernières traductions sur Trump, voilà ce que j’ai dû écrire : « j’en ai parlé lors de la Convention nationale des républicains ! [il parlait des LGBT] Et tout le monde a dit : “C’était trop bien.” » (la VO : « “I mentioned them at the Republican National Convention! And everybody said, “That was so great.” »)

C’était trop bien… une tournure d’ordinaire plus adaptée à un discours informel, voire enfantin, qu’à une citation du président des États-Unis. Mais il me fallait traduire l’expression d’un enthousiasme puéril et auto-satisfait, donc si j’avais choisi d’écrire à la place, par exemple « Et mon discours a fait l’unanimité », la signification aurait été la même mais cela aurait donné une idée fausse de l'intention et du mode d'expression du locuteur.

Autre exemple : lors d’un entretien conduit le 10 novembre par un journaliste de Fox News, Trump a déclaré : « You know, I’m, like, a smart person. I don’t have to be told the same thing in the same words every single day for the next eight years. » Ce qui signifie « Vous savez, je suis, heu, un gars malin. J’ai pas besoin qu’on me redise la même chose avec les mêmes mots tous les jours pendant huit ans, hein » (oui, huit ans, vous avez bien lu. Pour rester dans le même registre lexical, on n’a pas le cul sorti des ronces.) Faisons fi de la syntaxe (on se rappelle que c’est stressant de parler en public) et attardons-nous sur la traduction du groupe nominal a smart person. Si l’on ne disposait pas de contexte, on traduirait simplement par « une personne intelligente ». Si c’était Obama qui l’avait dit (Obama ne l’aurait jamais dit, sauf au second degré), ou n’importe quel autre dirigeant mondial, j’aurais peut-être choisi d’écrire « je suis quelqu’un d’intelligent », qui aurait été sans doute le plus harmonieux dans une phrase. Et je n’aurais pas rajouté « hein » à la fin.

[…]

À partir de maintenant et pour les quatre (huit ?) prochaines années, je vais devoir faire dans l’efficace, le concret, la politique gouailleuse, si je veux rester fidèle à l’original. Et je dois rester fidèle à l’original, pas seulement à son vocabulaire mais à son ton et à son intention. C’est une des prémisses de la traduction.
[…] en fonction des choix de traduction de ceux qui seront chargés de transmettre la parole de Trump, il sera possible de le faire passer pour un sombre crétin, un crétin tout court, un orateur moyen ou un beau parleur. Vous ne le croyez pas ? Et si j’avais plutôt écrit cela : Vous savez, mes capacités mentales sont assez conséquentes. Il sera inutile de me répéter continuellement les mêmes instructions au cours des huit prochaines années. Avouez que ça ne fait pas la même impression. Pourtant, le message est le même.

[…]

En gros, le risque est celui d’un nivellement par le bas du discours et de la pensée des dirigeants qui s’aligneraient sur le niveau de Trump. Car comme il aime à le répéter, après tout, il a gagné.

Ceci dit, il ne tiendra qu’aux traducteurs de tous les autres pays du monde de relever le niveau du discours en rectifiant sa forme… Comme on le voit, on peut avec le même contenu donner des impressions très diverses du locuteur original. Gageons que les traducteurs russes, hongrois ou turcs ne feront pas les mêmes choix sémantiques que leurs collègues français, espagnols ou allemands, et ne renverront pas la même image de Trump que celle que je restitue.


Dernière édition par cdang le Mer 14 Déc 2016 - 18:37, édité 5 fois
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Dagonides
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mer 14 Déc 2016 - 18:25

Very intéressant
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gynogege
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mer 14 Déc 2016 - 21:15

Quand on lit les interviews de joueurs de foot, on se rend vite compte qu'il y a même des gars payés à traduire du français vers le français... l'article sur Trump m'a fait penser à ça. "Est-ce que je le fais passer pour un bourrin ou pas ?"
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cdang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Jeu 15 Déc 2016 - 9:52

gynogege a écrit:
"Est-ce que je le fais passer pour un bourrin ou pas ?"
La formulation me gêne car elle induit une manipulation. Il y a clairement une interprétation subjective de la part de la traductrice, cette interprétation est assumée, mais elle est aussi argumentée : la richesse (ou la pauvreté) du vocabulaire est quelque chose de quantifiable. Comment rendre compte de cette pauvreté de vocabulaire alors même que la polysémie du terme anglais impose d'utiliser des termes différents pour un même mot selon le contexte ?
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gynogege
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Jeu 15 Déc 2016 - 11:54

Ce que je veux dire, c'est que dans le cas de Trump elle fait le choix de se conformer au modèle pour essayer de restituer l'esprit et donc en particulier le type d'auditoire auquel Trump s'adresse (parce que c'est bien ça l'enjeu, Trump est sans doute capable de très bien parler), donc elle restitue la manipulation.
Dans le cas des joueurs de foot il y a au contraire une véritable manipulation qui consiste à poser un discours à peu près structuré sur des propos qui sont souvent décousus (sans tomber dans la caricature non plus: aujourd'hui il y a beaucoup de joueurs de foot qui sont plus intelligents que les journalistes qui les interrogent mais ils n'ont plus le droit de dire grand chose non plus)
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cdang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Jeu 15 Déc 2016 - 17:54

gynogege a écrit:
Trump est sans doute capable de très bien parler
Elle a l'air précisément d'en douter. Ça ne serait pas le premier président étatsunien à avoir un vocabulaire limité (souviens-toi des bushismes…). Mais si c'est effectivement le cas (comme Sarkozy qui mettait un point d'honneur à parler populo), alors oui, elle retranscrit également la manipulation (ce qui est son rôle de traductrice ; c'est au journaliste de prendre du recul et de mettre en perspective).


Dernière édition par cdang le Ven 6 Jan 2017 - 17:56, édité 1 fois
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cdang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Ven 6 Jan 2017 - 15:53

J'ai récemment lu (et chroniqué ici) les contes de Lewis Caroll Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir. Et ce livre, et surtout les notes de traduction de mon édition — traduction de Jacques Papy présentée et annotée par Jean Gattégno (Gallimard, 1990, 1994, 2016) — mettent bien en évidence certaines difficultés de traduction. Je me permet de recopier les éléments de ma chronique qui concernent le sujet :


Les œuvres sont émaillées de jeux de mots parfois intraduisibles, et les notes de traduction sont particulièrement appréciables. Comme l'écrivait Charles Dogson [vrai nom de Lewis Caroll] dans son ouvrage Symbolic Logic (1896) :
Charles Dogson a écrit:
Je soutiens […] que tout écrivain a le droit absolu d'attribuer le sens qu'il veut à tout mot, ou à toute expression, qu'il entend employer.
C'est d'ailleurs un « cas d'école » intéressant en traduction. Par exemple, Humpty Dumpty est une comptine anglaise très connue datant de 1797 mais probablement inconnue de la plupart des enfants français jusque dans les années 1980. La comptine est une devinette : pourquoi personne ne peut recoller les morceaux d'Humpty Dumpty après sa chute ? Parce que c'est un œuf.
Jean Gattégno a écrit:
Cette devinette, ou plutôt sa réponse, a conduit Jacques Papy à choisir, pour le traduire, le terme de « Gros Coco ». On relèvera qu'Antonin Artaud, pour sa part, avait choisi « Dodu-Mafflu » et Henri Parisot « Heumpty Deumpty ».
Un magnifique exemple illustrant les notions de sourcisme, de ciblisme et d'euphonie en traduction.

Dans le même ordre d'idée, les personnages Tweedeldum et Tweedeldee ont été traduits par Bonnet Blanc et Blanc Bonnet.
Jean Gattégno a écrit:
Les deux personnages […] sortent tout droit d'une comptine […] inspirée, semble-t-il, d'une épigramme du XVIIIe siècle, dans laquelle le poète John Byrom (1692–1763) renvoyait dos à dos les compositeurs Händel et Bononcini, par une formule qui signifiait clairement qu'ils étaient interchangeables. Le choix fait par Jacques Papy, s'il nous éloigne de « l'anglicité » du texte de Caroll, est en revanche fidèle à son sens.

Un dernier exemple : les jeux de mots sur le nom des insectes :
Jean Gattégno a écrit:
horse-fly (« taon », littéralement « mouche du cheval ») ; dragon-fly (« libellule », littéralement « mouche-dragon ») ; butter-fly (« papillon », littéralement « mouche-à-beurre »). Le Moucheron lui oppose des insectes « fantaisie » correspondant, par l'addition d'un mot-préfixe au mot fly placé en facteur commun : rocking-horse-fly (mouche du cheval à bascule) ; snap-dragon-fly (snap-dragon est un jeu de Noël, consistant à saisir des raisins secs dans du punch brûlant), et bread-and-butter-fly (mouche à tartine beurrée).



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cdang
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mar 28 Fév 2017 - 13:13

Une discussion intéressante a lieu sur la forum Casus non-officiel concernant la tracution du jeu de rôle The Sprawl (Hamish Cameron et Lillian Cohen-Moore, éd. Ardens Ludere, 2016), un jeu cyberpunk utilisant le système d'Apocalypse World. C'est ici (mais le forum n'archive pas les messages de ce fil donc il disparaîtra dans quelques temps).

Dithral, jeudi 23 février 2017 à 9h24 a écrit:
Du coup, le titre français de The Sprawl a t il été annoncé ?

tauther, jeudi 23 février 2017 à 9h51 a écrit:
Périurbanisation.
Ça claque pour un nom de JdR !

Fabien_Lyraud, jeudi 23 février 2017 à 9h58 a écrit:

Conurbation ?

Macbesse, jeudi 23 février 2017 à 10h00 a écrit:

Dithral, jeudi 23 février 2017 à 9h24 a écrit:
Du coup, le titre français de The Sprawl a t il été annoncé ?

The Sprawl.

tauther, jeudi 23 février 2017 à 9h51 a écrit:
Périurbanisation.
Ça claque pour un nom de JdR !

Tu mets le doigt sur le cœur du problème.  Mr. Green

On en a pas mal discuté… L'étalement urbain ? C'est le sens du mot, une ville qui n'arrête pas de s'étendre jusqu'à ne plus ressembler à une ville, mais à une gigantesque zone urbaine. Mais non… Zones ? Suburbain ? Mégalopolis ? Marée urbaine ? Masses urbaines ? La Conurb' ?

La Conurb' avait l'avantage de reprendre la traduction choisie pour l'œuvre de Gibson, mais elle sonnait encore un peu administrative, même si ça claque déjà un peu plus que Conurbation (Fabien n'est pas loin de l'original). Khelren a finalement préféré garder le titre tel quel, car il sonne bien. Par contre, il l'a explicité. Il faut dire que la ville est au cœur du jeu (et du genre cyberpunk).

Narbeuh, jeudi 23 février 2017 à 10h26 a écrit:
Il y avait aussi Métapolis qui a l'avantage de bien claquer et d'être documenté dans la recherche en urbanisme :

http://www.odilejacob.fr/catalogue/art-et-litterature/metapolis_9782738103178.php

Macbesse, jeudi 23 février 2017 à 11h37 a écrit:
@ Narbeuh : Métapoles, ce serait pas mal, comme nom pour le supplément d'ailleurs.

killerklown, jeudi 23 février 2017 à 11h54 a écrit:
Dans le doute, garder un titre en VO est rarement une mauvaise idée

Dithral, jeudi 23 février 2017 à 12h16 a écrit:
J'ai l'opinion exactement inverse. Supposer que ce sera compris c'est nier la nécessité d'une VF et accorder une valeur mystique à l'anglais par facilité c'est tout autant un reniement du traducteur. Garder un titre en VO, de mon point de vue, c'est toujours une mauvaise idée. Mais j'ai bossé dans la traduction de jeu vidéo, où tous les titres sont en anglais. Il n'y a pas un tiers des joueurs d'Assassin's Creed qui savent ce que ça veut dire, mais on s'en fout, « ça claque ». J'ai perdu Smile

Taupisto, jeudi 23 février 2017 à 12h19 a écrit:
Vu que quelqu'un a employé l'expression « villes tentaculaires » pour décrire le jeu, je propose qu'on appelle celui-ci Atro cités. De rien Very Happy

Macbesse, jeudi 23 février 2017 à 12h35 a écrit:
Sous la forme AtroCités, ça fait effectivement un bon titre, mais plus un titre intermédiaire je trouve, comme souvent avec les jeux de mots.

@ Dithral et Killerklown :
On en a longuement débattu, en effet. Et ce n'est pas le seul point de traduction intéressant d'un jeu qui comporte une carac Edge.

Il y avait un petit côté patrimonial à garder les mots de Gibson, qui a pas mal pesé dans la balance. Mégalopolis, qui a eu un temps la faveur du jury, renvoyait peut-être un peu trop à Fritz Lang.

De manière plus générale, il y a je crois un avantage pratique à garder le titre original, que ce soit en jeu vidéo ou en JdR, qui explique qu'on fasse si souvent ce choix : le jeu arrive avec une notoriété et une image déjà installées. Il est plus facilement identifiable par le public qui a un peu suivi.

L'autre solution est de changer complètement d'optique, à l'image de cet éditeur français traduisant l'autobiographie de Limonov, qu'on traduirait littéralement par Moi, Edik, en un truc bien plus provoc' : Le poète russe aime les grands nègres (et l'éditeur américain avait traduit par Fuck off America!).

Cyrano, jeudi 23 février 2017 à 12h39 a écrit:
Je ne sais pas, mais le pire reste pour moi la « traduction » d'un titre anglais par un autre (comme par exemple Nightcrawler qui devient Night Call en VF :grmbl:)

Cela dit, Conurb' aurait été approprié puisque c'est la traduction de « the sprawl » de Gibson auquel le titre original fait manifestement référence. Et, une fois encore, bonne chance pour Edge Mr. Green

Zeben, jeudi 23 février 2017 à 12h47 a écrit:
Pour ma trad perso, j'avais jeté l'éponge sur la traduction des caractéristiques à cause de celle-là.

Merlock, jeudi 23 février 2017 à 12h50 a écrit:
Avant de chercher sa traduction, quelle est sa signification dans ce contexte ? :gné

nerghull, jeudi 23 février 2017 à 12h52 a écrit:
Justement, c'est tout la complexité. C'est un mélange de chance, d'habitudes, d'instincts qui viennent avec le fait de toujours vivre sur le fil. Une bonne définition, ce serait : c'est la version cyberpunk des instincts animaux de Conan, qui ne sont pas émoussés par le fait de vivre dans la chaude sécurité de la civilisation et qui permettent de survivre un jour de plus dans les rues mortelles de la conurb'.

Macbesse, jeudi 23 février 2017 à 12h52 a écrit:
[à propos de Edge]

La vie sur le fil du rasoir, le fait d'être toujours sur la brèche. On y est, en effet. C'est la connotation. Ensuite, il faut le résumer en un mot, pour une carac, et c'est le drame. Wink

Cyrano, jeudi 23 février 2017 à 12h39 a écrit:
Et, une fois encore, bonne chance pour Edge Mr. Green

Ça se joue pour l'instant entre « Pointe » (qui a l'avantage d'évoquer la traduction de New Rose Hotel : « la Pointe de Mass Biolab », c'est the Edge of Mass Biolab, et on the edge — à la pointe de), dont je suis un ardent défenseur, et « Pro » (pour professionnalisme), qui a l'avantage d'être aisément compréhensible et de bien s'appliquer aux situations dans lesquelles on fait appel à la carac', mais s'éloigne des connotations, et « Brèche ». Le suspense est terrible.

Zeben, jeudi 23 février 2017 à 12h47 a écrit:
  Pour ma trad perso, j'avais jeté l'éponge sur la traduction des caractéristiques à cause de celle-là.

Tout cela nous renvoie à la langue de The Sprawl, qui n'est pas une langue facile, avec tous ses néologismes, ses termes techniques, argotiques ou au contraire très littéraires, une langue inventive, à l'image de celle des premiers romans cyberpunk. C'est l'une des raisons pour lesquelles on a voulu faire cette VF. Il s'agit tout simplement de rendre le jeu accessible à tous.


Dernière édition par cdang le Mer 1 Mar 2017 - 15:15, édité 1 fois
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VIK
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mar 28 Fév 2017 - 20:02

Si la ville du JDR avait été montagnarde, j'aurais proposé Cîmes City.

Ou ChamoniXXL

Je sors.

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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mer 1 Mar 2017 - 12:37

Ça donne le vertige, toutes ces possibilités (toutes justifiées) pour la tracution d'un seul titre...! D'autant plus compliqué que le titre pèse lourd pour la décision d'acheter / emprunter / télécharger et de lire.
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oriounga
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mar 25 Avr 2017 - 15:47

Tiens, je n'avais plus suivi ce sujet fort intéressant.

Je me souviens que Grosbill avait rencontré la traductrice des "Quêtes du Graal", qui n'était pas du tout familière de l'univers "Fantasy", ne connaissait rien aux monstres ni à leur traduction et ne connaissant visiblement pas bien l'univers des Monthy Python et cet humour absurde et non-sensique.

@ Gief: Tu sais, pour moi il ne s'agissait que d'un échange d'arguments, comme il en arrive souvent sur le forum. Ce n'est pas parce que nous avons des avis différents, et pas obligatoirement incompatibles, que je pense que tu as forcément tort ou que tes arguments ne sont ni intelligents, ou pertinents ou intéressants.
Nous avons des avis différents mais à partir du moment où nous argumentons et discutons de façon civilisée, il n'y a pas de problème de mon côté. On dirait que tu n'as pas voulu continuer à argumenter de peur de passer pour impoli.

Tu parles d'arguments "d'autorité", mais j'utilise ces arguments-là car ils se sont vraiment passés.
De plus même s'ils s'agit d'arguments d'autorité, dans l'absolu, même ceux qui les ont prononcé peuvent se tromper.

Pour la traduction en fac, même les professeurs de traduction nous expliquaient que parfois il faut coller au texte, parfois traduire ou idée ou une intention.
Je ne suis pas d'accord avec toi, (mais je me battrais pour que tu puisses t'exprimer) quand tu dis qu'à la FAC il s'agit de prouver au professeur que l'on a tout compris et qu'il s'intéresse avant tout à évaluer notre connaissance de la langue. J'argumente: nos professeurs s'intéressaient également à notre capacité à traduire d'une langue à l'autre, à interpréter, à créer, et selon les cas, à traduire de façon extrêmement fidèle ou imagée.

Pour le paragraphe relatif à la diplomatie, je suis entièrement d'accord avec toi.

Il y a un domaine qui est particulièrement difficile à traduire et c'est la bande-dessinée, à cause des onomatopées et du lien entre le "mot", le sens, et la "forme" du mot.

Ton passage sur Lovecraft et Conan m'intéresse beaucoup car j'adore Lovecraft et j'aime beaucoup Conan.
J'avais lu avec intérêt,l'entretien du nouveau traducteur de Conan ,sur le site de Bragelonne, qui avait eu accès aux Etats-Unis à des notes de Robert E Howard et à des tapuscrits et je suis d'accord que les ajouts de Carter et Sprague de Camp nous ont donné pendant des décennies des oeuvres mutilées.

@ Cdang: j'ai vu il y a deux semaines un reportage sur les auteurs/traducteurs/interprètes, pour le cinéma et les séries et je suis sûr qu'il t'intéresserait (il peut également intéresser tout le monde sur le forum). Il s'agit du premier reportage sur cette profession méconnue et essentielle.
Les intervenants prouvaient magistralement qu'ils étaient des auteurs et des créateurs car ils devaient adapter un texte à des supports différents: doublage ou sous-titrage.
Dans les deux cas, les contraintes sont différentes.
Pour le doublage, le rythme et la cadence doivent suivre les lèvres de l'acteur et respecter une tonalité et une musicalité.
Pour le sous-titrage les contraintes sont encore différentes, car déjà on ne peut traduire que 80% du texte oral, sinon les spectateurs passeraient leur temps à lire et ne regarderaient plus les images.
Les auteurs travaillent avec un logiciel qui leur indique combien de signes ils peuvent utiliser pour chaque réplique. Ceux qui travaillent sur des séries (scientifiques / policières) avec des termes précis (médicaux, médicaux-légaux) doivent trouver le bon équilibre entre traduire fidèlement un terme scientifique et le rendre intelligible au plus grand nombre.
Tous les aspects du métier étaient évoqués: manque de temps, paiement à la ligne, qualité de la traduction, manque de reconnaissance, manque d'argent et de moyens.

Pour conclure sur "Défis Sanglants sur l'océan", je suis allé chercher le commentaire que j'avais lu la première fois, et qui explique ma position.
C'est sur "Planète LDVELH" et je cite Monsieur Stéphane Béchard: "-la traduction de ce livre est bien pire que ce que j'ai relevé : en fait le traducteur a constamment, en plus des erreurs de traductions diverses, rajouté des phrases, allant jusqu'à doubler la taille des paragraphes initiaux. hallucinant, le traducteur a écrit lui-même des morceaux du livre de la vf !"
J'avais lu par ailleurs qu'il avait commencé à recenser toutes les erreurs et tous les ajouts, avant d'arrêter, pour sa santé.

C'est pour cette raison, que dans ce cas précis, celui de "Défis Sanglants sur l'Océan", je parle de trahison, car le traducteur ne s'est pas contenté de traduire, mais a rajouté des phrases, doublé la taille des paragraphes et écrit lui-même des morceaux du livre.
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Dagonides
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mer 26 Avr 2017 - 10:48

oriounga a écrit:
@ Cdang: j'ai vu il y a deux semaines un reportage sur les auteurs/traducteurs/interprètes, pour le cinéma et les séries...

Tu as les références ?

Je dois encore avoir sur mon disque dur une émission de radio intitulée « La solitude du doubleur de fond », pour ceux que ça intéresse (un podcast de Radio France, vieux de quelques années).
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oriounga
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MessageSujet: Re: L'art délicat de la traduction   Mer 26 Avr 2017 - 12:24

Dagonides a écrit:
oriounga a écrit:
@ Cdang: j'ai vu il y a deux semaines un reportage sur les auteurs/traducteurs/interprètes, pour le cinéma et les séries...

Tu as les références ?

Je dois encore avoir sur mon disque dur une émission de radio intitulée « La solitude du doubleur de fond », pour ceux que ça intéresse (un podcast de Radio France, vieux de quelques années).

Le reportage passe en boucle sur No Life.

Cependant, comme je suis un mec sympa, je te le met directement en lien:

- https://www.youtube.com/watch?v=ZcrS8pZsNKA

Sinon, ça fait plaisir de te revoir.
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